Un bébé arc-en-ciel est un trésor né après la mort, qu’il s’agisse d’une mortinaissance ou d’un décès néonatal. Il est le soleil après l’orage, les couleurs de l’espoir après la grande noirceur.
Pendant les neuf mois où je t’ai porté dans mon ventre, j’étais morte d’angoisse. Après avoir accouché d’une petite fille sans vie, je craignais que tu ne subisses le même sort que ta grande sœur. En neuf mois, des tonnes de complication sont venues bousculer le peu de confiance que j’avais. Et même en évitant le pire, est-ce que ce long voyage au pays de l’anxiété laisserait des traces? Est-ce que je t’aurai nourri de ma peur pendant trois trimestres?
Pour tenir le coup, chaque fois que le médecin m’annonçait une nouvelle complication, un nouveau risque, je visualisais la fillette de mes rêves. Elle avait ton regard coquin, ton gros rire gras, la moue boudeuse que tu faisais lorsqu’on osait raconter tes mauvais coups. Elle avait tes petits bras toujours prêts à former le plus beau des colliers autour de mon cou… T’as pas idée de toute la fierté que je ressens depuis que cette petite parfaite a atterri dans mes bras. Tellement fière d’être ta maman, de te voir grandir chaque jour!
Depuis un moment, c’est plus difficile pour toi.
Il y a trois ans, le petit frère dont tu rêvais depuis si longtemps est enfin débarqué dans nos vies. Il a engendré chez toi un tsunami d’émotions, un mélange de bonheur et de nostalgie. Tu avais gagné un mignon frangin. T’avais perdu ton statut de bébé. Au début, c’était la lune de miel avec ton petit prince tant désiré. Il occupait beaucoup les bras et l’attention des parents. Mais il dormait souvent et, grâce à lui, maman passait toutes ses journées à la maison. Puis, maman a repris le travail. Léon ne fait plus de sieste. Il est plus éveillé…et beaucoup plus fatigant!
T’as vécu ton premier vrai rejet, ta première grande peine d’amitié. Pour limiter nos possibilités afin de te changer les idées, tu t’es fracturé la cheville et le sport t’est interdit depuis un mois.
À l’école comme à la maison, tu passes du côté des grands. T’as le droit d’être mêlée, de te perdre en chemin, de te retrouver. Sache que je serai toujours là pour toi. Je serai la main que tu pourras saisir quand t’as peur de t’égarer. Je serai l’épaule sur laquelle tu pourras t’appuyer quand la route ne sera pas aussi belle qu’espérée. Je serai les bras qui pourront te porter lorsque tu n’en auras plus la force.
Je sais que je te fatigue avec mes questions. Tu deviens si secrète. T’as le droit de garder le silence. Mais sache que tout ce que tu diras ne sera jamais retenu contre toi. Je t’aime et je saurai t’écouter. Même si je parle beaucoup trop. Même si quelques fois (trop souvent) je ne peux m’empêcher de donner mon opinion.
Je dois détricoter ce que j’ai appris. Il me faut parfois offrir des mots à votre petit frère pour qu’il puisse exprimer ses émotions. À vous, mes grands, je dois apprendre à offrir mon silence afin de laisser déborder vos maux.
Je ne serai jamais parfaite mon amour, mais je t’en fais la promesse, je ferai tous les efforts du monde pour t’accompagner sur ta route, peu importe où elle te mène.
Je t’aime plus!
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