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La question épineuse de l’image corporelle : que transmettons-nous à nos enfants? (Partie 1)

Nous savons tous que nous vivons dans une société qui a fait du corps un « culte » en développant des obsessions diverses comme l’obsession de la minceur, de la beauté, de la jeunesse, de la musculature, de la nourriture, etc. Il apparaît important de réfléchir à ce que l’on transmet aux enfants et aux adolescents en ce qui concerne l’image corporelle car notre exemple compte pour beaucoup! De plus, il nous faut penser aux modèles qui circulent dans les différents médias, dans les revues, à la télévision, sur Internet, etc.

Le corps peut être perçu comme un objet de désir par ses formes, par la beauté et l’harmonie qui en émanent. Or, le corps est aussi le lieu où le sujet s’incarne pour devenir lui-même et construire son identité propre. Dans la réalité, le corps se présente sous différentes formes, différentes tailles, différentes couleurs. Mais deux visions se distinguent nettement dans la manière de percevoir l’image corporelle d’une personne. Restera à savoir où chacun se situe pour comprendre mieux ce que nous transmettons à nos enfants et petits-enfants.

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Le corps perçu comme un objet

Dans cette vision de l’image corporelle, les apparences sont très importantes. Bien paraître pour donner une bonne impression et s’attirer des jugements positifs des autres. Les critères de beauté externes dominent. Ce sont les autres qui les définissent. La société y contribue aussi. Le regard de l’autre sur soi et sur son corps a beaucoup d’importance. La personne est prête à faire des sacrifices, à s’imposer des restrictions et des privations diverses pour mieux contrôler son image corporelle. Elle peut même faire mal au corps pour atteindre son but.  Elle se contrôle d’une manière où la culpabilité est présente lorsqu’il y a transgression de la règle. Le rapport à la nourriture, par exemple, peut en être troublé avec l’anxiété qui est générée. Dompter le corps pour qu’il épouse la forme désirée et adopte une forme « idéale ». L’empressement se fait sentir pour avoir cette forme idéale recherchée qui apparaît comme un produit fini. Le culte du corps comporte plusieurs modèles idéalisés de nos jours. Suivre les diktats de la mode à tout prix! Modifier l’apparence du corps par divers moyens pour s’attirer les regards (chirurgies plastiques, botox, liposuccion, régimes de privations, exercices à outrance, etc.)  L’emphase est ici placée sur la forme au détriment du fond, c’est-à-dire au détriment de ce que la personne ressent vraiment. Les critères pour déterminer le jugement sur l’image corporelle sont externes. Les balises aussi sont externes, c’est-à-dire qu’elles proviennent de l’extérieur, des influences extérieures multiples présentes dans des modèles imposés dans la société, présentes dans le regard d’autrui qui partage cette vision et dans les régimes à la mode, entre autres.  Ici, la personne bouge physiquement principalement pour mouler son corps et avoir une belle apparence. Elle recherche un résultat.

Le corps perçu comme habité par un sujet

Dans cette vision, les formes corporelles sont multiples et il en est bien ainsi. Ce qui importe, ce ne sont pas tant les apparences que le confort ressenti dans le corps, l’aisance, le bien-être intérieur, l’harmonie. Habiter son corps comme sujet représente un processus à long terme surtout si, comme enfant, nous n’avons pas reçu de soutien pour adopter cette vision du corps. Certains apprentissages caractérisent ce processus et cette perception du corps. On peut appuyer ces apprentissages dès l’enfance.

Une attention particulière est portée aux sensations corporelles pour discriminer les différents besoins, désirs, émotions. L’écoute du corps est privilégiée. Il devient important dans cette vision du corps de discriminer la sensation de faim de la sensation de satiété, par exemple. Discriminer aussi les autres sensations pour ne pas faire mal au corps. Développer la conscience de tout le corps : pieds, bras, bassin, poitrine, tête, sexe, os, peau, colonne vertébrale, etc. Le ventre est perçu comme lieu de sensations importantes.

La vision de l’image corporelle est centrée sur le regard interne de la personne qui se construit un centre de référence interne. Ce faisant, elle se libère peu à peu du regard d’autrui sur son corps. L’intériorité se développe graduellement. La personne s’individualise et développe une présence à soi. L’estime de soi est ressentie. C’est comme si le fond et la forme corporelle se réunissaient. Le corps devient habité d’une présence bienveillante et soutenante. Les repères internes se solidifient.

Une sensation d’identité s’enracine. L’autonomie de la personne devient plus manifeste. Elle devient de moins en moins dépendante des ressources externes pour se définir comme corps. Elle apprend à prendre soin d’elle-même en s’auto maternant et s’auto paternant. Elle ressent davantage dans son corps une consistance, une cohésion interne.

Les émotions positives et négatives, telle que la colère, sont ressenties de manière plus consciente. Elles sont davantage verbalisées. Cet apprentissage semble crucial. Relier le corps et les émotions permet une intégration certaine. L’histoire vécue par le corps en relation est considérée sérieusement et ce, depuis le début de la vie, depuis les relations tissées dans l’enfance. La personne se souvient de ses racines féminines et masculines. La capacité de faire face à ses conflits se développe.  La personne apprend à y faire face plutôt qu’à les nier ou les fuir. Voilà une clef majeure pour habiter le corps.

Le deuil de l’enfance et de la fusion avec l’autre et avec l’environnement sont vécus. La position existentielle adoptée se transforme. Le dedans du corps se différencie du dehors du corps et de tout ce qui provient de l’extérieur.  Un processus de séparation et de différenciation s’opère.  La personne s’ancre davantage à l’intérieur du corps et établit une distance saine entre soi, autrui et l’environnement. La personne vit le processus de sevrage que la vie suggère dès l’enfance (couper le cordon ombilical, quitter le sein maternel, quitter le biberon, quitter ses parents, etc.). Elle fait le deuil du corps parfait, sans limites.

La personne dessine les contours de son territoire et de son corps en développant le sens des limites. Elle apprend à dire non, dire non aux excès alimentaires ou autres excès. Les frontières corporelles se solidifient. La personne se démarque des modèles masculins et féminins imposés.

La personne en vient à équilibrer quand elle s’ouvre à quelque chose et quand elle se ferme. Elle recherche un équilibre de vie en général qui inclut l’équilibre des émotions, l’équilibre alimentaire (manger sainement), l’équilibre de son énergie (bouger), l’équilibre du poids sans tomber dans l’obsession. Les frontières corporelles lui permettent de mieux maîtriser l’ouverture et la fermeture face à différentes stimulations.

La personne bouge par bonheur non pas pour contrôler et dompter son corps. Le corps idéal n’est pas recherché. Le corps avec ses limites et ses possibilités est accepté tel qu’il est avec les cycles de la vie qui le transforment au fil du temps. Dans cette vision, on ne taille pas le corps pour être à la mode. Et on accepte différentes morphologies provenant de lignées génétiques différentes. Le rôle du corps est de protéger la vie, de la soutenir, de la contenir, d’en jouir, de ressentir, de percevoir. Le corps devient un instrument de perception intérieure et il est traité avec respect et considération en dehors des stéréotypes habituels que la société peut suggérer. Un parti est pris à la faveur du « corps au naturel » qui respecte l’hérédité des lignées qui l’ont précédé et lui ont légué ce corps en héritage. Être bien dans sa peau est le but visé. Si un malaise survient, l’analyse de la situation globale permettra de retrouver un équilibre en s’interrogeant sur les émotions présentes, sur les habitudes alimentaires et les habitudes de vie. Un réajustement se fera selon le rythme de la personne. Il pourra avoir lieu sans toutefois engendrer d’obsession ou de restrictions excessives.

En conclusion

La culture du corps-objet en mène large! Nous avons besoin comme société d’un changement de vision pour faire une place à chacun selon son unicité et pour faire en sorte que le corps soit habité de l’intérieur et que chacun soit respecté en valorisant la variété des formes corporelles. Il nous faut quitter l’assujettissement à des modèles sociaux extérieurs. L’a-ssujettissement signifiant « sans possibilité de devenir un sujet ». Devenir un individu, « in-dividu », « indivisible ». Tel est le but! Briser le moule du corps-objet et naître à soi comme sujet!

 

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Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation

 

 

 

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