Cette lettre est pour toi, Arnaud. L’homme qui m’a rencontré alors que je venais tout juste de franchir le cap du plus gros obstacle, de la saison la plus sombre de mon existence. À l’homme qui a tout juste eu le temps d’apercevoir mon sourire et l’éclat de mes yeux avant que l’éclipse ne les ternisse. À l’homme qui m’a vu être propulsée dans l’orage le plus violent, et qui a décidé de ne pas m’abandonner. À l’homme qui a persisté. Au cœur doux qui a flatté mes joues inondées, qui a bercé mes épaules tremblantes et mon corps meurtri, tué par la perte d’une vie pour qui j’avais tout donné, tout sacrifié. À celui qui a appris à me connaître au même moment où je me perdais dans le tourbillon du deuil, du cauchemar. À celui à qui, pour la première fois de ma vie, j’ai pu m’accrocher. À cette personne droite, douce, altruiste, empathique, qui m’a permis de vivre ma peine, sans jamais demander en retour. À celui qui a dormi sur le lit du chien, à côté de moi, sa main agrippant la mienne jusqu’à ce que j’arrive à fermer les yeux. À celui qui a réparé les armoires brisées, la piscine, la tondeuse, les moustiquaires, changé les ampoules, la porte d’entrée défectueuse. À l’homme qui a accueilli les enfants d’une union passée comme les siens. Qui s’est levé chaque matin pour préparer les boîtes à lunch, pour chauffer les petites mitaines avant l’école, que j’ai surpris à raconter des contes de fées, recroquevillé dans un petit lit évolutif, auprès d’un coco qui n’arrivait à s’endormir tard le soir, qui a pensé à leurs besoins toujours avant les siens. Qui a décidé que tout ce qu’il ferait à partir de maintenant serait avec nous en tête, et en priorité. Nous quatre, une maman brisée et sa marmaille inquiète. À celui qui a attendu, patiemment, mois après mois, que les larmes cessent de couler, que les souvenirs cessent d’apparaître par surprise, que les éclairs cessent de frapper au fond de mon cœur ravagé. À l’homme qui m’a tenu la main, qui m’a offert les siennes, son épaule, sa maison, qui a racheté la mienne pour éviter que l’on se retrouve à la rue, à celui qui a permis aux enfants d’avoir un Noël, des anniversaires et de faire du ski, le temps que je retrouve la force d’aller travailler, qui continue d’aller récupérer les enfants lorsque je suis prise dans le trafic, qui a décidé de réorienter sa carrière et de quitter son emploi pour être un conjoint et un parent présent, avant tout. À celui que mes enfants considèrent comme sa famille, à notre roc, notre phare, notre clown, notre sécurité. À celui qui nous fait rire, sur qui nous pouvons compter. À l’homme qui nous permet de dormir les poings fermés et le cœur léger. À celui qui nous surprend chaque jour par ses petites attentions et sa générosité sans bornes.
Arnaud, il n’y aurait pas pu avoir pire moment pour te rencontrer. Je suis morte mille fois cette année, et tu n’as jamais quitté mes côtés. Ta dévotion et ta patience sont des preuves d’amour inconditionnel que j’ai encore de la difficulté à accepter tellement il est pur, solide, consistant. Ta présence au cœur de cette famille est très certainement un cadeau envoyé par mon grand-père ou par ton papa, et j’ai peine à croire la chance que nous avons de pouvoir partager nos vies avec la tienne, et de continuer ensemble de créer le cocon dont nous avons toujours rêvé. Merci pour tout. Merci de nous avoir choisi. Merci de ne pas avoir abandonné. Merci de nous aimer, même si nous venons de loin, et que nos ailes sont encore en guérison. J’espère que tu sais voir, quand tu regardes dans mes yeux, quand ma main prend la tienne, que les coups de tonnerre s’éloignent chaque jour, que la pluie cesse, que les rayons de soleil refont surface, que les oiseaux se remettent doucement à chanter, et que l’éclat dans mes yeux est revenu, et qu’ils brillent pour nul autre que toi. Joyeux 35 ans mon amour.
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