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L’été de mes 11 ans

Il y a des moments dans la vie qui sont si puissants, si chargés, des points de jonction, des moments piliers, qu’ils posent, lorsqu’ils surviennent, une empreinte au crayon indélébile dans notre tiroir à souvenirs. Un trait plus gras, fait au marqueur noir, ceux qui sentent fort et qui nous collent un mal de tête aux tempes.

 

Vos lèvres sur celles de votre premier amour, vos pas posés dans l’allée d’une chapelle devant les yeux de proches émus en chemin vers votre futur époux, les premiers cris de votre enfant tout neuf suite à sa venue au monde où vous n’aurez jamais côtoyé d’aussi près à la fois la vie et la mort. Votre premier concert, votre premier voyage. Votre première peine d’amour, votre premier deuil. La première fois où vous avez vu vos parents s’embrasser passionnément, la première fois où vous les avez vus pleurer.

 

Certains moments s’enregistrent mieux que d’autres. Malgré le temps, on arrive à plonger dans notre esprit et à les revivre; la pluie qui tombait sur nos deux visages mouillés, les voitures qui passaient près de nous en éclaboussant nos corps d’adolescents maladroits qui s’apprivoisaient rapidement, nos coeurs qui battaient encore plus vite, les lattes du plancher centenaire que l’on sentait craquer sous nos pieds, le mélange des parfums des invités, marié à l’odeur des cierges et des fleurs payées trop cher, des bancs de bois cirés et huilés de l’église. Le toucher timide d’une minuscule main fripée, d’une main qui découvre la vôtre, des petites mèches de cheveux couvertes de vernix, vos mains moites sur les touches d’un piano réchauffé par les lumières aveuglantes de la scène.

 

Nous avons tous vécu ces moments qui nous transforment, viennent ajouter une couleur plus vive au tableau de notre vie qui se dessine. Des moments qui introduisent en nous des émotions nouvelles, vibrantes, déchirantes, des émotions desquelles on se sauve toute notre vie, d’autres que l’on essaie désespérément de reproduire, au frisson près.

 

Pour moi, c’était à l’été de mes onze ans. Juillet 1998. Il devait être autour de 16h30 sur la rue de Bellevue, au 812 plus précisément. Dans la cour d’une belle maison en briques rouges et aux volets noirs. Ma maison, la seule que j’avais connue. J’étais allongée sur le balcon de bois au bord de la piscine de laquelle je sortais. Allongée sur le dos, les mains sur la poitrine, la respiration qui reprenait doucement son rythme normal après une baignade animée. Je ne me souviens pas s’il y avait des gens autour de moi. Mais le reste, tout le reste est imprimé. Tatoué au fer dans ma tête. Absolument tout. Le bruit des criquets dans les bosquets aux alentours. Les oiseaux dans les arbres. L’odeur des hydrangées qui commençaient à ouvrir, et de la ciboulette prête à être récoltée. Le bois rugueux sous les jambes. Mon maillot de bain humide qui me donnait la chair de poule lorsque le doux vent de fin de journée soufflait. Les gouttes d’eau qui glissaient de mon front à mes tempes, puis derrière les oreilles. Les gouttes qui avaient formé de petites boules de cristal au bout de mes cils. Le ciel passait paresseusement du bleu au orange, à la cime des arbres. Le sentiment de bonheur et de bien-être qui m’habitait était tel qu’il apporta avec lui de l’effroi. Est-ce que la vie m’amènerait un jour un autre moment pareil, quand il semble que chaque atome de l’univers est soudainement en parfaite harmonie avec les autres, que tout doit être là et comme il se doit. Est-ce que j’aurais la chance, étant plus vieille, de revivre ce moment surprise de sérénité absolument sacré? C’était trop bon pour n’arriver qu’une seule fois.

 

J’avais onze ans.

 

S’en sont suivis petits amours, grands amours, petits projets, grandes réalisations, voyages, mariage, naissance, naissance, naissance, et des « moments empreintes » se sont succédé à une vitesse difficile à digérer. Tellement de ces moments magiques à faire encadrer de belles bordures dorées comme dans les salons de nos grands-mères.

 

Et à chaque fois, j’y ai pensé, à ce bord de piscine l’été de mes onze ans, et par le simple fait d’y penser, on dirait que les moments, pris de peur, fuyaient. Que je n’arrivais pas, faute de temps, de silence, de calme, à atteindre ce nirvana que j’avais expérimenté, dans la plus criante simplicité qui soit.

 

Puis, dimanche dernier il faisait beau. J’avais passé la journée dans et hors de la piscine avec les enfants, ça sautait dans l’eau, ça sortait pour une tranche de melon d’eau, ça repartait, en boucle toute la journée. Il était autour de 17h. La chaleur du soleil se faisait moins forte, les rayons commençaient doucement à rejoindre les haies de cèdres. Je suis sortie de l’eau, j’ai pris place sur un siège, une grande couverture autour des épaules, l’eau qui coulait le long de mes tempes, et derrière mes oreilles, sur mes épaules, puis le long du dos. Les jambes repliées, le corps perlant de gouttelettes qui ne s’étaient pas encore évaporées. Le vent faisait bouger les feuilles vertes, les oiseaux jouaient leur concert quotidien. Et là, ce sentiment que j’avais attendu patiemment depuis vingt-deux années, cet état de grâce, est remonté tout doucement à la surface, me faire la surprise sans même que je l’appelle. Il est remonté et m’a envahie. Tout, absolument tout était à sa place. Je n’ai pas voulu faire peur au moment, je n’ai pas voulu l’effrayer. Je savais qu’il ne fallait pas s’énerver, pas s’émoustiller. Il fallait rester calme et ne pas broncher pour qu’il s’attarde. Alors j’ai souri, fermé les paupières, penché la tête vers l’arrière, et j’ai laissé ma tête tout enregistrer. J’ai laissé mes cinq sens accumuler le plus d’informations possible, et ranger le tout dans un tiroir fermé à double tour, dans l’armoire des grands moments. Cet instant n’avait rien de grand, mais ce qu’il a apporté avec lui, était immense. D’une grandeur incalculable.

 

Et je ne peux m’empêcher de penser qu’il fallait mon Paulo dispersé dans tous les recoins de l’univers pour qu’il se repointe le bout du nez, ce moment. Un cadeau qui s’est fait désirer bien longtemps. Quel beau clin d’oeil de mon papi, qui savait mieux que moi ce qu’il me fallait pour le faire revenir. Et je crois avoir aperçu un cardinal sur l’une des branches au-dessus de ma tête me faire un clin d’oeil alors que j’ouvrais les yeux à nouveau, légère comme l’une de ses plumes.

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