BLOGUE

Je te vois

Toi, la maman les bras remplis de sacs, debout à la sortie de l’épicerie, immobilisée par un enfant en crise étendu de tout son long sur l’asphalte, les hurlements faisant sourciller les passants dont les jugements prononcés du bout des lèvres te font serrer les molaires alors que tu attends, entre colère et désespérance, les mains écarlates et des fourmis dans les doigts, que quelqu’un ou quelque chose vienne te sauver, je te vois.

À toi, qui stationnes en trombe à l’entrée de la garderie alors que la noirceur de décembre est tombée depuis longtemps et que la seule pièce encore éclairée de la bâtisse te permet d’entrevoir la silhouette de ton enfant qui t’attend patiemment, les yeux mouillés et les joues rouges, et qui passes la porte d’entrée la tête basse, le cœur lourd et la culpabilité plein le regard, la poitrine remplie de ressentiment parce que tu t’étais promis la dernière fois que ce serait la dernière fois, je te vois.

Toi, la maman aux petites heures du matin, dans une salle d’urgence à l’éclairage et aux bancs froids, le manteau sur les épaules et ton petit dans les bras, dans sa petite jaquette jaune, la chair de poule plein les jambes et la respiration lourde, qui te demandes si un médecin acceptera cette fois-ci de lui faire passer un rayon-x, et qui t’interroges sur le nombre de visites ici depuis le début de l’année, combien de journées de vacances tu as dû prendre pour te remettre de ces nuits blanches pourtant si sombres, à veiller sur ton enfant fiévreux, qui te demandes comment tu arriveras à produire tes contrats à temps, qui te demandes si demain ne sera pas le jour de congé de trop, qui espères ne pas entendre les jointures de ton patron cogner à ta porte dans quelques heures, alors que tu tenteras de répondre aux courriels qui se multiplient dans ta boîte, les yeux brûlés par la fatigue et le visage engourdi d’épuisement, je te vois.

À toi, la femme enceinte qui tentes du mieux que tu peux de ne pas crisper le visage lors d’une réunion, alors que les contractions de ton ventre rebondi te permettent à peine de suivre le fil de la discussion, mais tu as travaillé tellement fort pour cette promotion, pour ce poste, que le simple fait de porter un enfant dans cette salle dominée d’hommes qui ne savent rien de ton insomnie, de ta nausée constante, de tes brûlements d’estomac, de tes orteils tellement enflées dans tes souliers maintenant trop étroits, de tes seins engorgés qui t’implorent de te débarrasser de ce soutien-gorge qui t’étouffe les côtes et qui semble gêner ton bébé, que la rondeur de ton visage et de ta silhouette, tu le sais bien, agit comme un désavantage, un handicap pour la productivité de la firme, mais que tu refuses d’être cette femme, tu tiens à prouver un point et à te servir de toutes les parcelles de ténacité que tu peux trouver en toi pour rester là, debout, dans ce cocktail, verre d’eau à la main, tentant le plus subtilement possible d’expirer ta douleur sans causer de scène, je te vois.

À toi, la maman assise toute seule dans la salle d’attente de la clinique gynécologique, les mains sur le ventre, les yeux vitreux, parce que tu t’apprêtes à apercevoir ton bébé sur l’écran pour la première fois, avec personne d’autre que ton médecin blasé avec qui partager tes larmes de joie, personne à qui agripper la main d’excitation, personne avec qui parler de tous les petits détails des images encore et encore dans le trafic en revenant à la maison, je te vois.

À toi, celle qui essaies de pousser ton panier plein à craquer au Costco, avec une marmaille qui se chamaille à tes côtés, alors que tu essaies de réfléchir à ce que tu as oublié, les sacs poubelle, l’huile d’olive, le lait d’amande pour ton plus petit qui a mal au ventre, les costumes d’Halloween, les collations sans noix pour l’école, les Tylenol format familial pour la saison des rhumes qui s’en vient, les préservatifs en paquet de 200 que tu lances comme un frisbee tout en haut de ta montagne d’achats, qui dégringole aussitôt et tombe au sol, qu’un papa te redonne timidement, que tu reprends et fais tenir par ton bébé assis devant toi, il ne faut pas qu’il l’échappe, cette boîte doit partir avec vous. Il ne faudrait surtout pas. Tu ne rentres même pas encore dans tes anciens jeans depuis ta dernière grossesse, tes cernes te donnent l’air d’une femme battue, tes cheveux commencent à peine à repousser, pas maintenant, pas maintenant, je te vois.

À toi, la mère que j’entends crier avant de l’apercevoir, un peu partout, réprimander son enfant à ciel ouvert, du mieux que tu peux, comme tu le peux, avec tes limites et ses faiblesses, je te vois.

Mamans fatiguées, mamans stressées, mamans en deuil, mamans toute seules. Mamans angoissées, mamans irritées, mamans confuses, mamans éparpillées, mamans en détresse. Mamans qui vivent des épreuves en silence. Entre mamans, nous avons des antennes. On se sent, on se voit. On s’aperçoit puis on se comprend silencieusement. Mais rarement on se parle, on se confie. Rarement on accepte le mauvais et on se torture de remords à la vue d’autres qui font autrement, qui font mieux ou plus à nos yeux. Les attentes multiples de la maternité moderne nous rendent la tâche impossible, et nous laissent avec un sentiment de demi-succès, de travail mal fait. Il m’apparaît vital, voire crucial, de vous le crier haut et fort, et de vous laisser savoir, aujourd’hui, maintenant, que vous êtes extraordinaires. Chaque jour, à chaque instant. Vous êtes extraordinaires enceintes et devant vos collègues, entre deux séances de vomissements, vous êtes extraordinaires alitées dans votre chambre, suivant les ordres du médecin, les pieds dans les airs et les oreillers sous les hanches. Vous êtes extraordinaires lorsque vous êtes les premières arrivées à la garderie, et les dernières aussi. Vous courez, vous improvisez, vous enragez, vous aimez au meilleur de vos capacités, et vous tentez de continuer d’avancer, malgré le chaos, malgré les multiples embûches. À coups d’Hydrasense, des Penaten, de Tempra et d’Amoxil, vous traversez les tempêtes hivernales qui semblaient insurmontables, et contre toute attente, vous avez réalisé vos contrats dans les délais, vous vous êtes lavé les cheveux, et vous rentrez même peut-être dans vos anciens jeans!

Puisqu’il n’existe pas de trophée pour ce genre de prouesse, puisque la maternité ne se qualifie pas, à ce jour, comme épreuve olympique, puissent ces mots vous servir de médaille, que ce texte vous serve de rappel de votre force, votre résilience, votre courage, lorsque les autres oublieront de vous le dire. Vos accomplissements quotidiens sont tout sauf banals, que ce soit d’avoir gagné un nouveau client ou d’avoir réussi à laver, sécher et plier vos cinq brassées dans la même journée. Je vous vois. Mon sourire au passage, dans une allée du Costco, un corridor d’hôpital ou un vestiaire d’école vous félicite, vous admire, vous encourage. Distribuons davantage de ces mains imaginaires sur nos épaules ok?

Quoi de nouveau

  • Vie de parents

    L'hygiène bucco-dentaire chez les enfants

  • Vie de parents

    Apprendre les multiplications

  • Vie de parents

    Trucs et conseils pour les mots de vocabulaire

  • Vie de parents

    La période des devoirs et leçons |Orthopédagogue de Vie de Parents|

  • Vie de parents

    Phase du non

  • Vie de parents

    Les règles

  • Vie de parents

    Le retrait

  • Vie de parents

    Le renforcement positif

  • Vie de parents

    Les quatres styles parentaux présentés par Alexis Cliche psychoéducatrice de Vie de Parents

  • Vie de parents

    Les punitions

  • Vie de parents

    Coup de coeur

  • Vie de parents

    Contrôle de la myopie par Opto-Réseau

  • Vie de parents

    L’orthokératologie

  • Vie de parents

    Lentilles cornéennes à usage unique pour le contrôle myopique par Opto-Réseau

  • Vie de parents

    Symptômes de fatigue visuelle chez les enfants par Opto-Réseau

  • Vie de parents

    Les soins chiropratiques et les bébés

  • Vie de parents

    Comment bien choisir son sac à dos pour la rentré scolaire - Dre Joëlle Malenfant- Chiropraticienne

  • Vie de parents

    La bonne posture chez les enfants en classe et à la maison - Dre Joëlle Malenfant- Chiropraticienne

  • Vie de parents

    Le porte- bébé par dre Joëlle Malenfant- Chiropraticienne

  • Vie de parents

    Comment mettre bébé sur le ventre ? Dre Joëlle Malenfant- Chiropraticienne

  • Vie de parents

    Les essentiels de voyage par la pharmacienne de Vie de Parents

  • Vie de parents

    Le rôle du pharmacien d'aujourd’hui

  • Vie de parents

    La température, quand? comment?

  • Vie de parents

    Les essentiels dans pharmacie

  • Vie de parents

    Le rôle de l'orthophoniste

  • Vie de parents

    Dyslexie, trouble spécifique du langage écrit

  • Vie de parents

    Stratégies afin de bien prononcer les mots

  • Vie de parents

    Les difficultés langagières chez les adolescents

  • Vie de parents

    Le lien entre le langage et l'apprentissage

  • Vie de parents

    Aider son enfant à augmenter son vocabulaire

  • Vie de parents

    Les techniques de brossage chez l'enfant

  • Vie de parents

    Les mauvaises habitudes orales chez les enfants

Articles sur le même sujet

ARTICLE
Devenir maman

Devenir maman

Par Joëlle Bond, Équipe Vie de Parents - 15 juin 2017

Vous les avez toutes entendues: «Ta vie va changer pour toujours», […] mais comment se prépare‑t‑on à devenir maman pour

Lire l'articleVie de parentsVie de parents
ARTICLE
Écoute ta petite voix

Écoute ta petite voix

Par La plume d’Andrée-Anne - 2 août 2020

J’ai récemment reçu un conseil. Quatre mots, tombés pile à un moment où mon ouverture, mon énergie et ma créativité

Lire l'articleVie de parentsVie de parents
ARTICLE
5 façons de voir le positif en ces temps difficiles

5 façons de voir le positif en ces temps difficiles

Par Singefluenceuse - 23 mars 2020

Ne cherchez pas ici de belles raisons humanistes de profiter de ce temps en famille, de solidifier nos liens, de

Lire l'articleVie de parentsVie de parents
ARTICLE
#Cavabenaller….pas tant que ça!

#Cavabenaller….pas tant que ça!

Par Anonyme - 4 avril 2020

  Mon chum m’a dit tantôt « On a vécu pire que ça, let’s go! » mais à l’intérieur de moi-même, pour

Lire l'articleVie de parentsVie de parents

Blogues sur le même sujet

Vie de parents Articles
© Vie de Parents 2020


Advertisement