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La compétition dans la fratrie : comment réagir?  Partie 1

 

La compétition dans la fratrie engendre une rivalité qui est universelle avec son lot de sentiments négatifs tels que la jalousie, l’envie. Pourtant, la société fait l’apologie d’une fratrie solidaire, aimante et paisible  qui donne un sentiment de bonheur. Cela est un modèle idéalisé, car la réalité nous informe autrement. L’amour est un apprentissage et non un dû (1, p.173). L’amour et la sérénité ne peuvent être imposés de l’extérieur. Si on soulève le voile de l’idéalisation, on découvre, sous  ce voile, des vécus de compétition très souffrants dans la fratrie qui peuvent durer jusqu’à l’âge adulte, si ces vécus réels ne sont pas reconnus. Il y a comme une injonction qui dirait « On ne doit pas être jaloux! ». Alors, l’enfant, comme l’adulte, se sentent comme des «  monstres » s’ils éprouvent un tel sentiment. La fratrie se trouve alors empoisonnée par cette culpabilité qui ronge les uns comme les autres. Comment sortir de ce tabou? Comment faire le deuil de la fratrie idéale, comme enfants ou comme adultes ? Et  comment réagir le plus positivement possible quand on observe de la compétition dans la fratrie?

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Reconnaître et accepter les émotions négatives

Si vous êtes témoin de la compétition entre vos enfants, la première étape sera de reconnaître et de ressentir les sentiments et émotions négatives que cette compétition  fait vivre à vos enfants, sans les prendre sur vous : jalousie, hostilité, envie, haine, rancœur, amertume, dépit, peur de l’abandon, sensation de manque, révolte, nostalgie, violence, déception, agressivité, etc. C’est le premier pas libérateur ! Une fois reconnus, les sentiments et émotions ont intérêt à être nommés. Nommés d’une manière où ils sont acceptés inconditionnellement, en ne culpabilisant pas l’enfant de les ressentir. Ainsi, vous évitez de nier ces ressentis. On sait que tout ressenti retenu a tendance à décupler. Le silence accentue la douleur, alors que la parole vraie libère et apaise. Elle  permet d’intégrer le vécu et de le sublimer, c’est-à-dire de le dépasser.

Éviter donc de juger les émotions négatives et de juger vos enfants parce qu’ils vivent une compétition. Reconnaître qu’il s’agit là d’un phénomène universel et, somme toute, banal, mais qui prend de l’ampleur quand il est jugé « laid », « méchant ». Il tombe alors dans le non-dit. Il est censuré au profit des «  belles apparences » et du « paraître bien ». Par ailleurs, la jalousie n’est pas un défaut, nous dit Françoise Dolto. Elle est plutôt une souffrance qui demande compassion et amour (3).

Donc, dédramatiser la jalousie, la rivalité, la compétition. Reconnaître avec les enfants que ces sentiments, qui sont communs, engendrent des « mauvaises pensées » qui sont à maîtriser pour ne pas les agir. Si un enfant vient à vous pour se plaindre, ne pas ridiculiser les plaintes, les recevoir sans trop insister non plus, pour ne pas en faire « tout un plat ».Si cela vous semble opportun, aider les enfants à résoudre leur conflit en trouvant des solutions satisfaisantes pour chacun (Voir l’article paru dans Vie de Parents « Comment aider les enfants à résoudre leurs conflits? »)

Si l’enfant est plus vieux, l’encourager à écrire son histoire de fratrie. Cet exercice aura pour effet de le libérer en l’aidant à reconnaître son vécu, en nommant les vraies émotions vécues dans la fratrie. Pour les plus jeunes enfants, on peut utiliser des livres qui parlent de compétition, de rivalité et de jalousie (2) pour entamer une discussion qui peut soulager la tension.

 

Aider chaque enfant à construire son identité propre et à affirmer son unicité.

Accorder des moments en duo, seul à seul, avec chaque enfant de la fratrie. Ces moments privilégiés ont l’intérêt de manifester de l’attention et de l’amour à chacun des enfants. Cette affection est vitale. La disponibilité, l’écoute viennent consolider la place que chacun désire auprès de ses parents. La fratrie pose la question du partage de l’amour. Chaque enfant a besoin d’être rassuré.

Valider chaque enfant dans sa place qu’il occupe dans votre cœur et dans la famille. Une place physique aussi, un territoire bien délimité, un espace propre à chacun sont des éléments qui peuvent réconforter l’enfant. Que ce soit sa chambre, sa commode, son étagère, etc. Que chaque enfant puisse sentir qu’il dispose d’un espace vital. Plusieurs personnes vivant de la compétition dans la fratrie parlent du sentiment « d’étouffer », de ne pas avoir d’espace à eux.

Éviter les étiquettes. Ex. : « l’intelligente », « le grognon »,  « la sportive », « le paresseux », etc. Ces étiquettes définissent l’enfant et l’empêchent de développer son identité propre. Les étiquettes sont des jugements portés sur l’enfant. Ils l’enferment, lui confèrent un label. Ils constituent comme des tatouages psychologiques non désirés par l’enfant.

Appuyer tout mouvement qui favorise l’expression de soi de chacun des enfants avec sa créativité,  son originalité,  son unicité. Encourager les gestes d’affirmation de soi. Aider à développer la confiance en soi pour que l’enfant devienne lui-même, qu’il s’individualise, qu’il s’affranchisse graduellement de la dépendance face à ses parents et face à la fratrie, pour cheminer vers la maturité. Valoriser les qualités de chacun des enfants en les appuyant dans leurs projets. Donner une valeur personnelle à chacun de ses enfants.

Ne pas chercher à donner à chacun la même chose, parce que les enfants sont différents. Ils ont des besoins, des désirs différents. Ils font des choix différents qui expriment leur unicité. Encourager chacun à réfléchir à son propre goût, à dire ses choix. (Ex. : les vêtements, les jouets, les jeux préférés, etc.). Françoise Dolto insiste pour dire de ne pas élever pareillement des enfants rapprochés (3). Toujours observer et respecter leur unicité. Permettre à chacun de développer sa personnalité propre.

Permettre à chaque enfant impliqué dans la rivalité de prendre ses distances. Il s’agit là d’un recul nécessaire  pour évoluer vers sa propre identité et développer son indépendance.

 

Par Jocelyne Petit, Docteure en Éducation

 

Références

(1)Virginie Megglé et Alix Leduc, Frères, sœurs guérir de ses blessures d’enfance, Éditions Leduc, 2015.

(2) Couturier et M. Poignonec, Le livre de mes émotions, La jalousie, Éditions Gründ, 2018 (livre pour enfants).

(3) Françoise Dolto, Lorsque l’enfant paraît T.01, Éditions Points, 2014.

 

Crédit illustration : Niko Henrichon

 

 

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