Disons-le d’emblée : il est plus facile d’être bienveillant quand tout va bien et que l’enfant se comporte bien ! Après avoir lu l’article paru dans Vie de Parents « Être un modèle de bienveillance pour nos enfants », on peut se demander : « Est-ce que la bienveillance est pour tous les enfants, y compris les enfants qui ont des difficultés de comportement ? »
Il faut bien avouer que, devant une difficulté de comportement, il est bien tentant de durcir le ton, durcir l’approche et intervenir de manière autoritaire où on cherche à contrôler l’enfant, pour être pris au sérieux. Or, c’est justement dans ces moments que l’approche bienveillante est le plus bénéfique. Mais elle demande toute une gymnastique intérieure qu’on n’est peut-être pas habitué de faire.
Consentir à faire une gymnastique intérieure
La gymnastique intérieure consiste à accueillir en soi toutes les émotions qui surgissent dans un moment de tension, à les recevoir, à les ressentir et à les contenir pour ne pas les projeter sur l’enfant, en débordant parce qu’on est envahi. C’est justement là que le bât blesse, c’est-à-dire que c’est là que ça devient difficile pour l’adulte ! L’enfant est trop petit ou encore trop jeune pour « se contenir ». Son cerveau est en voie de développement. Il a besoin d’un modèle solide et sensible pour apprendre à le faire et à s’autoréguler. L’enfant projette donc ses émotions négatives et si personne ne les reçoit, il reste pris dans le conflit. D’où l’importance de l’acceptation et de la considération positive inconditionnelle (1) dans ce regard positif posé sur lui et ce, malgré les défis et les difficultés que nous vivons en sa présence. C’est exactement cette attitude que l’on nomme « la bienveillance ». Une fois l’émotion reçue, ressentie et contenue en soi, l’adulte peut intervenir pour aider l’enfant à se réorienter, en identifiant avec lui le besoin derrière le comportement inapproprié et en cherchant avec lui à résoudre le conflit.
Prendre la responsabilité de son ressenti : parler en « Je »
De manière constructive, dire à l’enfant ce qu’on ressent et les conséquences de ses gestes déplacés sur nous. Ex. : Un enfant frappe son parent, lui dire « Aie! Ça me fait vraiment mal ! Je n’aime pas qu’on me donne des coups de pied! » (1) au lieu de lui dire : « C’est très méchant de ta part! Ne frappe plus jamais personne de cette façon! » (1). Le message « Je » n’humilie pas l’enfant, ne le blâme pas, ne lui impose pas de solution non plus. Il est à noter que lorsqu’on ressent de la colère, il y a souvent une autre émotion derrière qui est à communiquer à l’enfant : la déception, la peur, la tristesse, etc. « Je suis en colère! » est un message qui peut blâmer l’enfant, lui donner une leçon, le punir, le juger. Ce n’est pas ce qu’on recherche. On veut manifester nos besoins comme adulte sans communiquer à l’enfant qu’il est méchant. Par ailleurs, les messages qui disent « Je pense que tu… » ou « Je crois que tu… » ne sont pas considérés comme des messages « Je » puisqu’ils ne parlent pas du ressenti de l’adulte. Il faut aussi écouter les sentiments et les besoins de l’enfant, lui refléter notre compréhension.
Identifier le besoin derrière le comportement inapproprié
En adoptant un comportement inapproprié, l’enfant exprime quelque chose qui le tracasse et face à laquelle il se sent coincé. Il se comporte donc sous le coup de l’impulsion provoquée par le conflit intérieur qu’il vit. Il a besoin d’aide pour identifier ce besoin. L’attitude compréhensive de l’adulte s’avère importante. « Tu voulais…. », « Tu avais besoin de… », « Tu désirais…. »
Aider à prendre conscience des émotions ressenties
L’adulte bienveillant pourra aussi aider à mettre des mots sur les émotions ressenties car il aura d’abord accepté de voir ses émotions en faisant la gymnastique intérieure dont il était question plus tôt. Il peut voir les émotions de l’enfant en gardant une distance émotionnelle, pour ne pas réagir lui-même dans le même créneau que l’enfant, pour enfin l’aider à réguler ses émotions.
Aider à réguler ses émotions
Une fois l’émotion reçue et le besoin exprimé et entendu, il devient possible de chercher avec l’enfant des solutions au problème posé et ainsi retrouver un équilibre. Si l’adulte se braque au lieu de demeurer dans la bienveillance, ces interventions ne sont pas possibles car l’attitude de base n’y est pas!
Voir les conflits différemment
Les conflits font partie de la réalité de toute relation (1). Ils sont un phénomène naturel. En les percevant ainsi, notre vision devient plus saine et on dramatise moins ces moments de tension. L’important, c’est de trouver des solutions satisfaisantes pour toutes les personnes en présence en partageant le pouvoir avec l’enfant, en le considérant comme une personne à part entière, en l’impliquant activement dans la recherche de solutions. « Comment faire pour que nous soyons tous les deux satisfaits? » est une bonne question à poser à l’enfant ou à l’adolescent. Cette question a l’avantage de manifester de l’affection et non de l’hostilité.
Bref, ne pas tomber dans le piège
Ne pas tomber dans le piège que peut générer le comportement inapproprié de l’enfant. Demeurer lucide et prendre à cœur son rôle d’adulte aidant l’enfant qui a besoin d’un modèle de maîtrise. Bien exercer son autorité parentale en demeurant dans l’approche démocratique et bienveillante qui laisse une place à l’enfant et ne tente pas de le dominer.
Et se donner le droit à l’erreur
Réussir à faire la gymnastique intérieure présentée plus tôt exige de la pratique et du temps. C’est avec l’expérience que se développe cette habileté à accueillir-recevoir-ressentir-contenir. Dans un premier temps, les expériences passées de notre éducation, souvent autoritaire, resurgissent. Encore faut-il accepter de les voir pour éviter de les répéter et de reproduire de vieux schèmes insatisfaisants. Se donner le droit à l’erreur est primordial. Se donner le temps d’apprendre….
Aller chercher de l’aide professionnelle si c’est trop difficile
Si le comportement inapproprié de l’enfant vient nous chercher d’une manière où notre énergie déborde par des cris, des gestes brusques, un ton accusateur, des mots durs, voire de l’hostilité et de l’agressivité, nous pouvons aller chercher de l’aide professionnelle pour voir plus clair dans nos interventions et se construire un chemin vers la bienveillance.
Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation
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