Il y a deux ans, des parents s’affrontaient violemment au sujet des cours d’éducation à la sexualité donnés à l’école. Les uns défendaient le point de vue qu’il est bien d’aborder le thème de l’identité de genre dans ces cours. Les autres s’y opposaient farouchement. Comment sortir de la polarisation et de la radicalisation?

Un Rapport du Comité de sages à l’Assemblée nationale du Québec
Suite à l’altercation violente qui a eu lieu, le premier ministre François Legault a décidé de former un Comité de sages pour étudier la question de l’identité de genre pour orienter les futures décisions gouvernementales.
Ce comité a remis son rapport en mai 2025 après de nombreuses entrevues et des rencontres avec des gens de différents milieux, s’assurant tout au long d’écouter tous les points de vue, dont celui du Conseil québécois LGBT. Des enjeux et des avenues à explorer ont été identifiés après une analyse sérieuse de la situation.
Des orientations essentielles
Des orientations essentielles ont guidé la recherche du Comité de sages. Ils se sont posés la question : Comment mieux vivre ensemble la majorité de la population et les personnes issues de la diversité de genre? Comment donner toute la place à une parole nuancée, informée et constructive? Comment bâtir un monde inclusif commun où chaque personne a sa place dans le respect de ses droits et de sa dignité? Voici des éléments qui ressortent de leur travail.
Les statistiques révèlent une hausse marquée du nombre de personnes qui vivent un inconfort dans leur genre associé à leur sexe biologique. On parle alors de « dysphorie de genre » ou encore « d’incongruence de genre ». Ce phénomène en évolution amène le Comité à distinguer le sexe biologique et le genre. Les personnes qui vivent un inconfort quant à leur genre sont appelées des personnes « trans » ou « non binaires ». Ces personnes amorcent une transition pour s’affirmer dans un genre différent de leur sexe biologique à la naissance. Les personnes trans ne se retrouvent pas dans le genre associé à leur sexe biologique alors que les personnes non binaires ne se retrouvent pas dans les définitions traditionnelles du féminin et du masculin.
Il demeure important, malgré ce phénomène en évolution, de reconnaître la réalité biologique binaire du sexe qui représente le féminin et le masculin tout en reconnaissant la situation particulière des personnes trans ou non binaires.
On observe une hausse des demandes de transition et, plus particulièrement chez les adolescentes filles. Il y a donc lieu d’effectuer des études et des recherches pour mieux comprendre ces hausses.
Les personnes trans ou non binaires vivent souvent de la discrimination. Leurs droits ne sont pas toujours respectés. Sur le terrain, la protection contre l’intimidation et la discrimination n’est pas assurée. Ainsi, le Comité suggère que l’Assemblée nationale continue de légiférer en tenant compte de la diversité sexuelle et de genre. Lutter contre l’homophobie et la transphobie. Distinguer rigoureusement les informations relatives au sexe biologique et au genre. Outiller les personnes témoins d’actes d’intimidation pour qu’elles puissent intervenir de façon appropriée lors d’une agression, particulièrement à l’école, au travail, dans les milieux du sport, des loisirs et de la santé. Les personnes trans ou non binaires doivent aussi avoir accès à la justice pour pouvoir faire des plaintes. Et leur vie privée doit être respectée.
Le Comité observe un manque d’uniformité dans la pratique d’évaluation et d’intervention psychosociales ou médicales pour ce qui concerne les soins d’affirmation des personnes trans ou non binaires. Ces soins comprennent la prise de « bloqueurs de puberté », la prise d’hormones selon le genre désiré et les interventions chirurgicales pour s’affirmer dans un genre différent du sexe biologique observé à la naissance. Il y a aussi un manque de formation sur la diversité de genre dans le réseau de la santé et des services sociaux. Il y a, de plus, un manque flagrant de données et d’études à long terme sur les soins d’affirmation de genre. On prodigue des soins transaffirmatifs sans connaître les effets à long terme de ces soins. Des conséquences irréversibles sont toutefois documentées comme la possibilité de voir diminuées sa capacité de reproduction et sa fertilité.
On remarque qu’il y a souvent un long délai d’attente pour recevoir des soins. L’approche privilégiée par le Comité est une évaluation rigoureuse dans un cadre impliquant plusieurs professionnels de disciplines différentes (services sociaux, santé mentale, santé physique). Cette approche est approfondie et se distingue nettement de soins rapides qui, après une brève consultation, orienteraient les personnes trans ou non binaires vers des soins d’affirmation imposants qui ont des effets à long terme (prise d’hormones, mastectomie, etc.).
En ce qui concerne les soins d’affirmation, le Comité observe aussi un manque de communication dans certains cas avec les parents du jeune. Ce qui engendre des limites au niveau de la compréhension de l’historique de la personne, du support offert aux parents et de l’accompagnement de ces parents durant le processus de transition.
Le Comité réitère la nécessité de maintenir le caractère obligatoire du cours « Éducation à la sexualité » du primaire au secondaire dispensé dans le programme « Culture et citoyenneté québécoise ». Toutefois, le Comité observe une absence de cohérence et d’uniformité dans les approches adoptées par le personnel enseignant et dans le matériel utilisé. Il y a un manque de formation du personnel et un manque de soutien. Il y a lieu de mettre en place une forme d’approbation et de recommandation du Ministère de l’Éducation du Québec quant au matériel utilisé dans le cours « Éducation à la sexualité ».
Les élèves et les parents qui désirent contester le contenu du cours doivent avoir un espace sécuritaire pour s’exprimer auprès de la direction de l’école. Les demandes d’exemption ont besoin d’être gérées efficacement par l’école et le personnel enseignant que l’on doit outiller convenablement. Les notions relatives à l’identité de genre et l’expression de genre doivent être connues du personnel enseignant.
On doit aussi rendre plus explicite le devoir de l’école d’encourager l’élève à informer ses parents de sa démarche de transition car le soutien des parents constitue un grand facteur de protection contre la détresse et les différents problèmes de santé mentale (dépression, idées suicidaires).
Le comité observe un manque d’espaces adaptés aux besoins de la diversité de genre, comme les toilettes et les vestiaires qui sont généralement organisés selon la binarité des sexes, féminin et masculin. Les personnes trans ou non binaires manquent donc d’intimité. Il faudrait mettre en place des espaces universels à usage individuel qui seraient accessibles aisément.
Par contre, les espaces pour les filles et les femmes sont à maintenir pour assurer l’intimité et la sécurité de celles-ci. Il serait possible d’expérimenter des espaces mixtes pour un usage collectif en faisant des projets-pilotes pour des adultes d’abord.
Les personnes trans et non binaires ont besoin de milieux d’hébergement répondant à leurs besoins lorsqu’elles sont victimes de violence. Les organismes communautaires peuvent être soutenues financièrement pour répondre à ces besoins. Et les centres d’hébergement pour femmes victimes de violence ont lieu de maintenir leur restriction pour n’accueillir que les personnes de sexe féminin.
En ce qui concerne les sports, il faut distinguer les activités récréatives qui peuvent être mixtes des activités de compétition d’excellence où le sexe biologique prime. La création de catégories ouvertes ou mixtes dans les sports est à encourager et, cela, peu importe l’identité de genre ou l’expression de genre des personnes qui y participent.
Conclusion
Le Comité de sages a livré un rapport où l’on voit tout le chemin à parcourir pour enfin respecter les personnes trans ou non binaires bien qu’elles représentent une minorité. Comme toutes les minorités, elles méritent ce respect. Les études et recherches reliées à ce sujet manquent terriblement. De même que la formation des différents personnels appelés à s’impliquer auprès de ces personnes. La polarisation et la radicalisation ne doivent plus avoir de place dans ce débat de société si important qu’il faut mener de manière civilisée, en respectant la différence de points de vue de chacun(e). Ainsi, on éviterait les écarts de conduite observés au Québec. Le futur de certains jeunes en dépend.
Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation
Références
Rapport du Comité de sages sur l’identité de genre présenté à l’Assemblée nationale du Québec, mai 2025
Rapport du Comité de sages, sommaire, 2025
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