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On fait quoi quand la médication ne fonctionne pas pour le TDAH?

**Dans un but d’entraide, nous avons jumelé le questionnement d’une maman blogueuse Flox83300 et l’expertise de l’une de nos collaboratrices Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation.

 

Grande question pour les parents d’enfants TDAH! Je ne sais pas si nous sommes beaucoup à être dans ce cas-là mais non on ne sait plus à quel saint se vouer!!

On les a tous essayés!!! Vyvanse, Biphantin, Concerta, Intuniv, Straterra. On a l’impression de jouer au petit chimiste. Quand un neurostimulant fonctionne (avec une dose de cheval car petit dragon a un métabolisme particulier et que malgré son petit poids et taille, il prend des doses énormes si on veut que ça ait effet sur lui), ces médicaments lui donnent des tics et quand je dis tics c’est TICS. Il peut en avoir 10 en 1 minute, la bouche qui part de côté, des crispations des mains, bref une cata. Donc, en tant que bons parents et en accord avec notre pédopsychiatre, qui en passant est un ange tombé du ciel pour nous, on change de traitement. On en essaie un sans neurostimulant, mais là vas-y augmente la dose, mais son corps ne le supporte plus, il devient violent physiquement et verbalement. Bon, on baisse la dose, mais plus aucun effet.

Ah j’oubliais avec tout ça il a du Risperdal pour gérer ses colères et qui est sensé arrêter les tics vu que c’est un médicament qui est donné au syndrome de Gilles de la Tourette!

Où en est-on? Ben on a rehaussé son non-stimulant pour voir si ça va l’aider, mais même notre pédopsychiatre ne sait plus quoi lui donner. Du coup, on tente des choses. Nos dernières trouvailles : les huiles essentielles, certaines l’aident à se calmer, mais d’autres ne font rien. Et surtout on tente la neurofeedback. Nouvelle technique qui doit aider à reformater le cerveau. En gros, il va avoir un casque avec des électrodes sur la tête, il va avoir des séances où il va faire des activités ou regarder des films, et dès que les électrodes vont sentir que son cerveau ou ses yeux se déconcentrent, les électrodes vont envoyer un message au cerveau pour qu’il revienne se focaliser. On n’a pas encore commencé, on espère que ça va l’aider, surtout qu’on va commencer les séances pour traiter son anxiété et ensuite son hyperactivité.

Et vous parents de TDAH, êtes-vous dans le même cas que nous? Qu’avez-vous essayé? Qu’est ce qui a marché?

Flox83300

 

POUR AIDER L’ENFANT ET LES PARENTS DANS CETTE SITUATION…

La situation décrite semble très difficile à vivre ! Voici quelques pistes de suggestions pour tenter d’aider l’enfant et les parents aux prises avec un tel problème.

  • Encourager l’autonomie. L’enfant dans son développement vit un processus pour devenir un individu unique, un être capable de se relier et de se séparer pour s’affirmer dans sa différence. Ce processus est appelé « processus d’individuation ». Certains auteurs le nomment aussi « processus de différenciation ». Ce processus révèle deux tendances présentes dans l’organisme qui co-existent : une tendance fusionnelle et une tendance individuante. Or, le but de l’éducation est de développer l’autonomie, nous dit Françoise Dolto dans ses différents écrits. Pour développer son autonomie, l’enfant a besoin de vivre la fusion pour ensuite se séparer. Quand il exprime son besoin de fusion en faisant des colleux, il emmagasine de l’énergie qui lui servira plus tard lorsqu’il sera prêt à se séparer. L’enfant adopté vit une séparation cruelle dès les premiers temps de sa vie, au moment même où il a besoin d’être accueilli avec amour en ce monde. Cette séparation trop hâtive le blesse terriblement et lui donne le sentiment d’être abandonné alors qu’il a tant besoin d’amour. Pour accompagner l’enfant, il faut donc le respecter dans ces deux mouvements de fusion et de séparation qui s’expriment dans les relations à ses parents. Comme il a été blessé profondément, ses liens d’attachement sont difficiles à établir. Les élans de rejet et de symbiose reflètent dans le fond ce qui se passe en lui et sont à respecter absolument. Rien ne sert de forcer la note ni de se sentir coupable ou diminué, en prenant sur soi et sur ses épaules la responsabilité de cet état de fait. Rien ne sert non plus de le surprotéger. Qu’il prenne tout son temps avant de s’abandonner dans les bras de sa mère est très normal, à cause du mal qu’il ressent dans son corps. Or, quand il le fait, il faut bien s’écouter comme parent, pour ne pas oublier d’établir ses limites claires comme individu. L’enfant blessé n’a pas nécessairement de limites très définies à sa demande d’amour. Celle-ci peut être « totale ». Pour garder le cap vers l’autonomie, il est important de se respecter et d’établir ses limites claires en s’écoutant bien quand ce qui est demandé par l’enfant est ressenti comme étant « trop » par rapport à ce qu’on peut réellement donner, en sauvegardant sa propre énergie. Autrement, l’épuisement et le découragement guettent…l’impatience de même !
  • Toujours observer les signes physiques de l’enfant dans son langage non-verbal. Les signes que le corps de l’enfant donne situent l’adulte qui en prend soin. Le corps « parle » pour ainsi dire. Il faut l’écouter. Quand les signes donnés par l’enfant sont dans le refus, le rejet du contact proche, il est important de bien les décoder et de les respecter pour laisser le temps à la relation de confiance de s’installer. Parler à l’enfant de l’amour qu’on lui porte pour le rassurer, lui signifier qu’on le respecte et qu’on ne manifeste pas d’empressement pour que le contact s’établisse, qu’on fait confiance à la vie pour que notre désir de se relier se réalise quand l’enfant sera prêt, sont des interventions à privilégier. Se montrer disponible pour le contact sans forcer la note, comme il est dit plus tôt. Car l’adulte inquiet se trouve à favoriser la désorganisation de l’enfant et son inconfort. À ce moment, les signes physiques manifestant le malaise intérieur de l’enfant risquent de s’accroître en fréquence et en intensité. Alors, attention ici, l’acceptation et l’amour inconditionnels prennent tout leur sens ! La compréhension aussi ! La compréhension face à la blessure originelle et face au déséquilibre que cette blessure engendre dans les deux forces à conjuguer dans le corps : la force pour se relier et la force pour se séparer.
  • Mettre des mots sur les émotions de l’enfant. Verbaliser le plus possible ce que l’on ressent en observant l’enfant. Le consoler, le rassurer, dire, par exemple ; « Nous comprenons, c’est difficile pour toi ! », « Tu as peur », « Tu es en colère! », etc. Accueillir la souffrance de l’enfant sans la prendre sur soi. Accueillir ses différents ressentis avec bienveillance (Voir l’article paru dans Vie de Parents « Être un modèle de bienveillance pour nos enfants »).
  • Aider l’enfant à assumer son histoire de vie. Constituer un livre où son histoire est racontée avec ce qui est connu de sa naissance à aujourd’hui. Imager son histoire de vie. Joindre des photos si possible. Lui raconter son histoire doucement pour l’apaiser. Lui communiquer un message d’espoir, comme celui que Françoise Dolo suggère : « Je sais que tu ne saisis pas tout ce qui t’arrive, tu étais dans le ventre d’une autre maman qui n’a pu te garder…Je ne sais pas exactement pourquoi, mais je sais que ça a dû être très difficile pour toi…Je suis ta nouvelle maman (ou ton nouveau papa) et moi, je suis là pour toujours, je ne t’abandonnerai jamais, tu seras toujours en sécurité avec moi. Je t’aime pour toute la vie. »
  • Parler à l’enfant de son désir d’enfant comme parents qui est très fort.  Lui parler de son amour pour l’enfant dès le début, de la certitude de désirer le choisir, lui !
  • Parler du désir de vie de l’enfant qui est très fort aussi. Lui parler du fait qu’il a survécu à des obstacles physiques et émotifs très grands. Lui parler de sa force et de son instinct de survie qui est fort aussi, de sa créativité pour traverser ce qu’il a traversé.
  • Symboliser le conflit intérieur identitaire de l’enfant. Lui permettre de se voir, de se sentir compris, accueilli dans ses angoisses et dans ses émotions négatives. Jacques Salomé a écrit un livre de contes pour enfants « Contes pour grandir de l’intérieur », Éditions Albin Michel Jeunesse, 2010. Ces contes peuvent grandement aider à calmer l’angoisse existentielle de l’enfant en lui permettant de se reconnaître.
  • Imager le conflit et la résolution du conflit. Toujours pour permettre à l’enfant de se voir et de se sentir reçu par l’adulte qui en prend soin, imager les différentes émotions ressenties, positives et négatives. Y référer quand la situation le permet. Nommer les émotions. Imager les excès d’énergie avec des illustrations de volcans, de tonnerre, d’explosion. Imager l’équilibre des deux forces corporelles qui permettent de s’ouvrir (se relier) et de se fermer (se séparer) avec des images de robinets qui peuvent couler trop fort, trop peu ou s’équilibrer, en ajustant le robinet pour obtenir « le juste milieu », sans déborder. Quand des limites sont dépassées, utiliser un élastique pour montrer que l’élastique est tendu et qu’il peut se briser. Utiliser toute autre image qui nous vient à l’esprit en observant les excès de l’enfant. S’appuyer sur sa créativité pour avoir de nouvelles idées plus proches de ce qu’on observe vraiment.
  • Aménager un coin défoulement pour canaliser l’énergie motrice et offrir à l’enfant un matériel ludique qui permet d’extérioriser la douceur/l’agressivité. (Peluches douces, peluches d’animaux sauvages de la jungle, animaux préhistoriques, animaux mythiques comme les dragons et les licornes, punching bag, balles de styromousse, bâtons en styromousse, cibles à atteindre, etc.). Considérer l’inscription à des arts martiaux pour apprendre à équilibrer son énergie, si l’enfant le désire bien sûr.
  • Encourager les talents de l’enfant et respecter son désir. Tout ce que l’enfant fait de bien, le remarquer et le renforcer. Valoriser son estime de soi (Voir l’article paru dans Vie de Parents « L’estime de soi: un trésor à transmettre de génération en génération ». Confectionner des cartes où on peut écrire des petits mots d’encouragement pour reconnaître tous les progrès dans le contrôle de soi de l’enfant. Respecter les goûts et les désirs de l’enfant (le choix de ses activités, le choix de ses vêtements, etc.). Ne pas imposer ses propres désirs comme adulte.
  • Développer la capacité d’introspection de l’enfant. Faire des retours sur les expériences vécues, particulièrement les expériences difficiles. Verbaliser : « Tu t’es senti…. », « Tu avais besoin de…. » , « Tu t’es emballé… », etc. Parler des causes et des effets des actions posées sur soi, sur les autres et sur l’environnement : « Quand tu agis ainsi…. ». Récapituler les éléments importants pour garder la direction et le focus. Instaurer des temps d’arrêt pour vérifier qu’on a tout, que tout a bien été fait (Voir l’article paru dans Vie de parents « Moment d’arrêt ou retrait : deux approches différentes ». Offrir un lieu pour se calmer quand la tension monte, comme une petite tente. Concevoir un calmomètre , avec les couleurs vert, jaune, rouge. Questionner l’enfant sur le niveau de calme qu’il ressent en lui et l’indiquer sur le calmomètre. Utiliser une minuterie pour instaurer un temps d’arrêt quand la soupe devient chaude (deux minutes de tranquillité) pour reprendre ses esprits.
  • Enseigner le processus de résolution de problèmes. (Voir l’article paru dans Vie de Parents « Comment aider les enfants à résoudre leurs conflits ». Les 6 étapes présentées dans cet article peuvent servir à cheminer lors d’un conflit avec l’enfant.

Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation

 

Référence

Colette Sauvé, Apprivoiser l’hyperactivité et le déficit de l’attention, Éditions de l’hôpital Sainte-Justine, 2000. 

 

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