D’aussi loin que je me souvienne, dès que j’ai su que j’étais enceinte, je me suis mise en mode préparation. Je faisais des listes. Une liste pour les trucs à acheter, une autre pour les réparations à faire, encore une pour quoi apporter à l’hôpital… avec autant de listes, c’est sûr et certain que j’allais être plus que prête à devenir mère lors du jour « J ». J’avais oublié la plus importante des listes, celle des émotions qui allaient me submerger comme une géante vague pour m’attirer au fond de ce tourbillon. Pourtant, tout le monde m’avait prévenue : « Tu vas voir, ça va changer ta vie, ça ne sera plus jamais pareil. » J’étais convaincue que j’allais pouvoir gérer… mais non, je n’ai pas su.
Lorsque ma fille me fut présentée, tout près de ma joue, après sa naissance par césarienne, et que le médecin m’a dit : « On va prendre une photo! », je me rappelle avoir pensé : « Je dois sourire, c’est ce que les nouvelles mères font, elles sourient. » Déjà, ça n’allait pas si bien. Maintenant, j’étais une mère, pourtant dans tout mon corps et mon cœur, jamais je ne m’étais sentie si petite, jamais je n’avais eu si peur de ma vie. Tout se bousculait dans ma tête, je ne savais plus quoi faire, j’avais tout perdu de ce que je connaissais en un claquement de doigts. Mais, vite, je devais réagir avant que quelqu’un s’en rende compte. Alors je me suis accrochée à la liste des devoirs de maman.
*Je dois essayer d’allaiter *Je dois lui mettre un beau pyjama pour les premières photos *Je dois la prendre en peau à peau *Je dois la présenter à la famille…
Au fond, je me disais, je dois vivre comme avant, avec une petite personne en plus. Ça a fonctionné quelques semaines. Sur papier, j’étais parfaite, mais en réalité, j’étouffais. Je me préparais des plans de soirées (boire/dodo de la petite/souper pour maman/douche pour maman/boire/bain du bébé/dodo pour la nuit) qui finalement tombaient à l’eau (boire/pas de dodo/pleurs de bébé/souper froid avec bébé collé sur moi/pas le temps de se laver/pleurs de maman/appeler mamie à l’aide/bain pour bébé avec pleurs en bruit de fond/chaise vibrante/bras/balançoire/appeler marraine à l’aide/encore du lait/dodo pour 30 minutes…et ainsi de suite). Petit à petit je me refermais dans une bulle, j’avais l’esprit complètement embrouillé, je me sentais vide, fatiguée et tellement anxieuse.
Une nuit, j’avais prévu donner le biberon à ma fille, la bercer un peu et la recoucher pour ensuite nous rendormir. Hélas, elle n’avait pas envie que je la berce et elle ne voulait pas retourner dans son lit tout de suite. Je l’ai tout de même déposée dans son berceau, je suis allée à la salle de bains, et en me voyant dans le miroir, j’ai craqué. Je ne me reconnaissais pas, pour la première fois je voyais un reflet qui n’était pas le mien. Et là, j’ai pleuré comme jamais avant. Je pleurais de douleur. J’avais mal à l’âme, mal en dedans, je ne savais pas précisément où, mais je souffrais. J’ai pris le téléphone et j’ai appelé ma mère. A la naissance de mon bébé, une toute petite fille en moi avait aussi vu le jour et après 6 semaines, elle criait à l’aide. Ma mère cette nuit-là a pris la main de cette fillette et je l’ai laissée faire. J’en avais besoin. Le lendemain matin, le médecin me disait le mot que je ne voulais pas entendre : dépression. Voilà, j’étais dans les statistiques du post-partum. Alors, devant le docteur, j’étais docile et à l’écoute de ses conseils : me lever tôt, m’habiller, dormir en même temps que mon bébé, sortir prendre l’air…et prendre une médication…
Il m’a fallu 7 mois, 3 réajustements de médication et plusieurs heures de consultation psychologique pour enfin retrouver une partie de moi. Même si aujourd’hui, j’ai repris le travail et que je vais bien, je suis fragile et je travaille toujours sur ce qui pourrait me faire retomber. Je connais cependant les signes à surveiller grâce au cheminement que j’ai fait et aux personnes qui m’ont accompagnée. Et croyez-moi, c’est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire, prendre la main tendue qui nous est offerte et accepter l’aide, c’est ouvrir la porte sur les solutions et voir la lumière qui était éteinte à l’intérieur de soi.
Être en dépression, ça fait mal à écrire, mais ça fait encore plus mal à vivre.
Par Équipe Vie de Parents - 28 juin 2017
Souvenez-vous qu’il y a une chute d’hormones considérable qui suit l’accouchement, et que, généralement, environ 3 jours après avoir accouché,
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