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La peur de grandir chez l’enfant
La peur de grandir se manifeste par une anxiété qui est assez commune chez les enfants et les adolescents. Cette anxiété est en lien avec la perception des responsabilités associées à l’âge adulte. Elle est aussi en lien avec l’expérience de quitter l’insouciance de l’enfance et son recours à l’Imaginaire comme principale source de plaisir. S’engager plus sérieusement sur le chemin de la maturité avec les limites et contraintes que cela comporte fait peur. Et en grandissant, il faut quitter la dépendance aux parents pour subvenir à ses besoins, couper le cordon ombilical, comme on dit en langage populaire et apprendre à voler de ses propres ailes. Cette transition peut générer de l’anxiété chez l’enfant. La prépuberté et la puberté sont des moments qui peuvent amener le jeune à se questionner.
Comment comprendre la peur de grandir?
Plusieurs facteurs sont à considérer dans cette transition de l’enfance à l’âge adulte.
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- Comment l’enfant perçoit-il l’âge adulte? D’un monde d’insouciance que l’enfant peut imaginer sans limites, il perçoit tout à coup la réalité de l’adulte avec ses obligations, ses contraintes et ses nombreuses responsabilités. Cela peut l’effrayer et nourrir une peur de l’inconnu que représente l’avenir pour lui.
- Comment l’enfant vit-il la perte de l’enfance? Cette transition peut être angoissante. La vie devient plus sérieuse avec de nouvelles obligations et avec des questions existentielles quant à son identité et quant à sa place en ce monde. L’abandon de la grande liberté dont il jouit enfant avec son imaginaire débordant et ses jeux nombreux peut être difficile à vivre.
- L’enfant peut vivre l’anxiété de performance. En voulant être à la hauteur des attentes des adultes, l’enfant peut devenir anxieux. La pression qu’exercent sur lui les nouvelles responsabilités peut lui faire craindre de ne pas réussir.
Accompagner l’enfant vers la maturité
- Être à l’écoute de l’enfant et le rassurer. Dialoguer avec lui en lui permettant d’exprimer ses peurs, en mettant des mots sur son anxiété, ses émotions et sur les sources de cette anxiété en parlant des nouveaux changements dans sa vie. Valider son ressenti en étant empathique face à ce vécu dans cette transition. Ne pas minimiser ses peurs ni les ridiculiser. Reconnaître la normalité de ces peurs en parlant des nouveaux défis liés à la maturité et à l’âge adulte. Garder le lien d’attachement solide avec le jeune et donner du soutien. Dans la discussion avec l’enfant, il est possible de lui suggérer de dessiner ses peurs. Proposer des mises en situations pour aborder le thème de l’anxiété dans un cadre sécurisant.
- Encourager l’autonomie. Dès le plus jeune âge, valoriser la prise en charge personnelle de certaines tâches pour l’enfant qui apprend à prendre soin de lui-même. Poursuivre cet encouragement tout au long de la croissance. Apprécier les progrès et les efforts consentis par l’enfant pour devenir autonome et participer à la vie familiale. Aider l’enfant à se détacher progressivement de ses parents, en développant ses propres ressources d’auto-maternage et d’auto-paternage.
- Représenter un modèle sain d’identification. Parler des aspects positifs de la maturité avec la liberté de faire des choix en lien avec ses valeurs. Parler des nombreuses découvertes et des projets passionnants que l’on peut vivre à l’âge adulte. Faire face à sa propre anxiété pour ne pas la transmettre à l’enfant. Lui donner envie de devenir grand en imitant ses parents.
- Communiquer des limites claires et constantes et apprivoiser la frustration. Éviter la surprotection qui épargnerait à l’enfant toute frustration. Celle-ci est essentielle à apprivoiser jeune. Cela prépare l’enfant à vivre la vie réelle qui comporte son lot de contraintes et de frustrations. Les limites à ne pas transgresser ont intérêt à être claires et constantes. Cela aide l’enfant à faire face à l’inconnu qui se présente à lui en cheminant vers la maturité.
- Consulter un professionnel au besoin. Si l’anxiété de l’enfant perdure et s’il a des symptômes physiques ou psychologiques, il est recommandé de consulter un expert en psychologie pour aider l’enfant à faire face à sa peur de grandir et l’aider à résoudre son conflit.
- Dialoguer avec l’enfant en s’appuyant sur le conte de Peter Pan. Si l’enfant est ouvert à la discussion, les parents peuvent utiliser le conte de Peter Pan, écrit en 1902 par James Michael Barrie. Ce conte aborde le thème du refus de grandir en présentant un jeune garçon qui veut rester un enfant en refusant les responsabilités de la vie réelle et en reposant sur l’Imaginaire comme seule source de plaisir. À la fin de l’histoire, Peter Pan refuse l’offre de madame Darling, la mère de Wendy, John et Michael, qui lui demande s’il veut qu’elle devienne sa maman puisqu’il n’a pas de maman. Il dit qu’il ne veut pas grandir, qu’il ne veut pas aller à l’école, qu’il ne veut pas devenir un homme. Il refuse donc et choisit de rester au Pays de l’Imaginaire. Bien que ce conte soit un divertissement pour les enfants, avec ses différentes péripéties avec la fée Clochette, les garçons perdus et le Capitaine Crochet, il demeure qu’il peut aussi refléter à l’enfant son vécu et ses craintes de devenir grand. Si l’attitude de l’enfant le permet, il est possible pour les parents d’écouter les perceptions et le vécu de leur enfant et d’être en mesure de verbaliser ces craintes et de trouver du réconfort dans cette discussion. L’attrait de l’Imaginaire peut être abordé pour les nombreux plaisirs qu’il offre en parlant aussi des plaisirs dans la vie réelle. Dans un monde où les jeux vidéo attirent beaucoup les enfants, cette discussion au sujet de l’Imaginaire et de la réalité est importante. La recherche d’un équilibre peut être communiquée comme valeur par les parents au cours de la discussion.
Conclusion
Bien que ce ne soit pas un diagnostic clinique officiel, on parle en psychologie du « syndrome de Peter Pan » pour décrire l’angoisse qui affecte des personnes qui fuient les responsabilités et ont recours à l’Imaginaire pour faire abstraction des contraintes présentes dans la réalité en s’amusant perpétuellement. L’addiction aux jeux vidéo si courante de nos jours illustre bien ce recours à l’Imaginaire. L’idée de devenir un homme et de quitter l’enfance ne plaît guère à Peter Pan. L’immaturité émotionnelle caractérise les personnes affectées par ce syndrome. D’où l’importance d’accompagner l’enfant vers la maturité en lui permettant de prendre conscience et de nommer ses émotions en étant écouté, entendu et rassuré pour pouvoir les transcender et mieux vivre cette transition de l’enfance vers l’âge adulte.
Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation
Références
James Michael Barrie. Peter Pan, Éditions Auzou, 2012
Peter Pan et Wendy, Disney, 2023