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Le refus de manger et les caprices alimentaires : que faire ?

L’analyse du vécu de plusieurs personnes, adultes, adolescents et enfants, qui éprouvent des difficultés dans la relation à la nourriture, m’amène à considérer 3 types de faim qui influencent grandement le rapport à la nourriture. Ce sont la faim physique, la faim d’amour et la faim d’affirmation de soi.

Voici des pistes d’interventions face à ces 3 faims pour orienter l’intervention quand l’enfant refuse de manger ou a des caprices alimentaires.

  1. La faim physique
  • Premièrement, il faut considérer qu’une diminution de la croissance entraîne une diminution de l’appétit. L’enfant qui grandit a des poussées de croissance suivies de diminutions. Il se développe alors sur d’autres plans : social et affectif, langagier, moteur, cognitif.
  • Diminuer les portions est donc une règle d’or surtout durant la petite enfance. Permettre plutôt à l’enfant de demander une deuxième portion.
  • Éviter le grignotage entre les repas. Si l’enfant a faim, il est opportun de lui donner une collation le matin et l’après-midi. Mais la collation offerte ne doit pas être trop consistante car il est certain que, si c’est le cas, l’enfant se présentera aux repas en n’ayant pas beaucoup faim.
  • Éviter le « trop de jus », le « trop de lait ». Ici aussi, il faut considérer que ces aliments nourrissent l’enfant et diminuent son appétit lors des repas et collations.
  • À partir d’un certain âge où l’enfant prend place à la table familiale, il peut manger la même nourriture que toute la famille. Il n’y a pas lieu de lui servir une assiette « spéciale » avec ses préférences pour éviter le refus de manger et les caprices alimentaires.
  • Persévérer dans l’offre de nourriture, même si elle a déjà été refusée. Certains enfants ont besoin du temps pour apprivoiser certains aliments.
  • Développer l’art du camouflage : mêler un aliment moins apprécié avec d’autres aliments appréciés de l’enfant. Ex. : du lait aux fraises, de la sauce à spaghetti avec tous les légumes broyés intégrés dans la sauce (oignons, poivrons, champignons, carottes).
  • Laisser l’enfant assumer la conséquence naturelle de son refus de manger, soit avoir faim jusqu’au prochain repas. Lui dire « Assure-toi de manger à ta faim car le prochain repas sera plus tard! ». Le ton de la voix doit être neutre et ne pas manifester d’inquiétude dans l’attitude.
  1. La faim d’amour
  • Créer à la table une ambiance positive faite d’échanges verbaux agréables, de partage d’expériences, de partage au sujet des goûts, des odeurs perçues dans la nourriture, etc.
  • Donner de l’attention à l’enfant lors de ces échanges et non de « la tension ». Ceci demande à l’adulte de maîtriser ses émotions d’inquiétude ou de colère face au refus de manger de l’enfant ou face à ses caprices alimentaires. Éviter tout commentaire désobligeant ou négatif. Offrir une belle présence attentive et bienveillante.
  • Soigner la présentation visuelle des aliments en agençant des couleurs contrastantes, en séparant bien les aliments quand tel est le menu.
  • Soigner le « décorum » qui entoure le repas : de jolis napperons, de jolies assiettes, de jolis verres, de jolis ustensiles, etc.
  • Tenir compte des changements dans la vie de l’enfant qui peuvent l’affecter sur le plan émotif : une séparation, un décès, un déménagement, une famille reconstituée, etc. Prendre pour acquis que tout changement de ce genre peut affecter sa faim physique car il a besoin d’un soutien émotionnel qui fait que la nourriture ne rentre pas facilement. On n’a qu’à penser à nos propres réactions lorsqu’on vit un stress. Très souvent, notre relation à la nourriture s’en trouve affectée : trop manger ou ne pas manger.
  1. La faim d’affirmation de soi
  • Éviter d’accorder trop d’attention au refus de manger et aux caprices alimentaires. L’enfant comprendrait alors qu’il a beaucoup de pouvoir et qu’il peut obtenir de l’attention, même si celle-ci est négative. Il s’affirmerait ainsi face à vous pour démontrer son indépendance. Dans la phase du « Non », l’enfant sera porté à dire « non » à la nourriture que vous lui offrez, comme il dit « non » dans d’autres domaines pour justement s’affirmer.
  • Si l’enfant est gardé durant le jour, éviter de faire le retour de la journée en questionnant pour savoir s’il a bien mangé ou non ?  Parler plutôt de la journée avec ses différentes activités, productions, sorties, etc.  L’accent ne doit pas être mis exclusivement sur la nourriture consommée car l’enfant comprendra l’inquiétude sous-jacente. Il pourra s’affirmer davantage en refusant la nourriture.
  • Inviter calmement l’enfant à goûter : « Goûte pour voir si ton goût a changé! ». De cette manière, l’enfant peut se sentir respecté. Il peut sentir qu’il a une place dans la relation avec vous.
  • Éviter à tout prix le « forçage ». Cela aurait un effet négatif à long terme. Une lutte de pouvoir entre vous et l’enfant pourrait être entretenue. L’ambiance à la table s’en trouverait affectée : des pleurs, des cris, etc.
  • Si l’enfant fait une remarque négative au sujet d’un aliment, simplement recevoir son commentaire ; « Je comprends », « Je t’ai entendu! »
  • Éviter les jeux pour forcer l’entrée de la nourriture dans la bouche de l’enfant : un avion, un garage, etc.
  • Éviter d’offrir des aliments récompenses/punitions. C’est-à-dire éviter, entre autres, de rendre le dessert conditionnel au fait de manger le repas. Le dessert offert devrait être nutritif et représenter une composante du repas, comme les autres composantes.
  • Éviter le marchandage et la négociation du genre « Mange ceci et tu auras cela ! ». Laisser l’enfant manger de manière autonome. Ne pas attiser son désir d’affirmation qui l’amènerait à dire « non ».
  • Tenir compte des goûts des enfants face aux légumes. Les préfèrent-ils crus ou cuits ? Leur demander.
  • Faire participer l’enfant dans la préparation des repas et collations. Utiliser un couteau non coupant pour que l’enfant coupe certains aliments. L’impliquer dans le service, le rangement.
  • Encourager toujours son autonomie. Très jeune, l’enfant peut manger par lui-même, des petites bouchées qu’il prend avec ses mains, à la nourriture servie dans un bol où il peut manger avec une cuillère, puis une fourchette. Offrir des aliments de qualité et laisser l’enfant déterminer la quantité dont il a besoin.
  • Introduire les aliments nouveaux dans des jeux de manipulation avant de les servir dans l’assiette. Cela permettra à l’enfant de les apprivoiser pour enfin les reconnaître dans son assiette.
  • Tenir compte que, comme parents, nous avons environ 20 ans pour accompagner l’enfant pour qu’il établisse une relation saine avec la nourriture. Ne pas faire preuve d’empressement en voulant que tout soit parfait tout de suite.
  • Si l’enfant semble manquer d’énergie parce qu’il ne mange pas ou a des caprices alimentaires et que sa courbe de croissance semble affectée, consulter un professionnel (Ex. : CLSC, une nutritionniste, psychologue)
  • Éviter de parler devant l’enfant de ses difficultés alimentaires et des inquiétudes que vous avez. Cela donne trop d’attention négative aux comportements de refus.

Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation

Référence

Jocelyne Petit, Ph.D., Manger avec des enfants pour le plaisir et pour la vie, Guide à l’intention des parents, Éditions PUL, 1997.

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