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D’une normalité à l’autre

Partout ces derniers jours, nous entendons parler d’un retour à la vie normale… Et si vous êtes comme moi, un peu décoiffé·e par la conciliation travail-famille en confinement, vous avez probablement été vraiment excité·e… momentanément. Mais plus je lis des termes comme « le retour à la normale », « la reprise » et « la relance de la machine », plus je me questionne : de quelle normalité parlons-nous?

 

Parce que, pour être honnête, il y a plein de trucs que je ne trouve pas vraiment normaux…

 

Est-ce normal que 2 153 personnes détiennent plus d’argent que 60 % de l’humanité? Est-ce normal qu’environ 2 milliards de personnes n’aient pas accès à une alimentation saine? Est-ce normal qu’au Canada seulement, pays du G8, 4 millions de personnes (dont 1.15 million d’enfants) ont de la difficulté à mettre de la nourriture sur la table? Est-ce normal que, lorsque je me sens mal dans ma peau, j’ai une folle envie de magasiner?

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De manière peu surprenante, ceux et celles qui profitent du système actuel travaillent sans répit à ce « retour à la normale ». Nous parlons de milliards de dollars qui sont et seront investis en plans de relance, environ 13 % du PIB en fait. Les lobbyistes travaillent déjà et travailleront d’arrache-pied afin de s’accaparer les fonds publics. Nous serons bombardé·es d’incitatifs de tous genres pour nous convaincre de « faire rouler la machine », en consommant toujours plus. Comme le mentionnait si judicieusement Julio Vincent Gambito dans son texte « Prepare for the Ultimate Gaslighting », nous verrons se déployer sous nos yeux le nec plus ultra des stratégies de communication. Oui, il y aura de la publicité au sens traditionnel du terme, mais il y aura immanquablement bien plus que cela. Gambuto soulignait avec raison que nous serons inondés de memes créatifs, de publications Facebook tentantes, de photos Instagram inspirantes. On ne parle même pas de placement de produits ici… nooooon… les premier·ères de classe en communication nous donnerons des palpitations avec une image bien définie du bonheur, du succès et de ce que nous avons besoin pour y parvenir.

 

Cette vision et ses propositions de retour « à la normale » seront réconfortantes. Parce qu’il faut se rendre à l’évidence, j’imagine que la majorité d’entre nous avons hâte de retrouver un semblant de routine, de défaire les cabanes en couverture dans notre salon et d’arrêter de lire des nouvelles frénétiquement. Et comprenez-moi bien, je m’inclus totalement ici… je rêve d’un cours de yoga ou je n’ai pas le poids de ma cocotte à ajouter au mien en faisant une inversion. Et c’est précisément ce besoin de retourner à ce que l’on connaît qui nous rend si vulnérables. Qu’y a-t-il de plus sécurisant que de faire ce que nous avons toujours fait?

 

Quoi faire quand la normale est toxique?

 

4,8 planètes : c’est ce dont nous aurions besoin si tout le monde consommait comme les Canadien·nes.

 

Et voilà que, du jour au lendemain on arrête tout, ou presque. On se fait dire continuellement que l’économie doit tourner, pour notre bien à toutes et tous. Et nous voilà ici, en pause forcée, nous obligeant à réfléchir. Réfléchir à notre façon de vivre et de consommer. Les failles de notre système sont exacerbées. Les limites de nos filets sociaux sont mises à nu pour qui veut regarder. Les inégalités sont des blessures ouvertes. Combien de gens n’arrivent pas à fermer l’œil en pensant aux factures qui vont immanquablement s’accumuler? Les équipements et les fournitures manquent dans des hôpitaux du monde entier. Des médecins sont obligés de faire des choix déchirants et inhumains. Nos proches s’éteignent seul·e auprès d’infirmier·ères, d’extraordinaires personnes, mais qui ne peuvent malheureusement pas remplacer un proche dans le cœur des patients. Voilà qu’en un clin d’œil, le vernis qui recouvre les failles de notre système a craqué. Les images sont choquantes, et espérons qu’elles le soient assez pour nous pousser à faire mieux.

 

Réapproprions-nous les rênes, réparons, ré-imaginons, repensons, reconstruisons, refaisons, re-programmons, réinventons… notre façon d’être, notre système économique, notre rapport à la nature. Ne revenons pas à « la normale ». Servons-nous de cette crise comme tremplin pour ré-imaginer le futur, reprogrammer les règles, et ré-inventer « la fameuse machine ».

 

Aussi terrible qu’est cette crise sanitaire, de la beauté et de la créativité ont émergé. Pensons notamment à l’émergence de différents mouvements de solidarité sur les réseaux sociaux et aux différentes actions de reconnaissance envers les travailleur.es des premières lignes. Il s’agit d’une preuve que nous pouvons incarner le changement que nous souhaitons voir naître. Choisir comment nous passons notre temps en famille, ce que nous regardons, écoutons, mangeons, peut certainement personnifier ces changements. Les organisations que nous supportons, où nous nous impliquons, les histoires que nous choisissons de partager et les évènements auxquels nous assistons peuvent également se faire le témoin de ces changements.

 

Mais nous pouvons également le faire en tant que société. Les plans de relance à long terme n’ont pas encore été annoncé. Nous avons la chance de vivre dans une démocratie. Nous avons une voix. Plaidons, ensemble, pour un nouveau modèle économique. Vouloir plus d’équité, ce n’est pas de rêver en couleurs. Vouloir plus de justesse, ce n’est pas d’être utopiste. Vouloir une transition verte, ce n’est pas d’être un·e idéaliste fini·e. Mais nous devons être lucides face à la vague qui nous attend et déterminé·es dans nos choix, ce que nous voulons et surtout, surtout, ce que nous ne voulons plus. Ne nous laissons pas enfermer dans un statu quo de consommation excessive par les dirigeant·es d’entreprises qui cherchent à profiter de cette pandémie.

 

Loin de moi l’idée d’amoindrir la gravité de cette crise, mais le retour « à la normale » n’est pas une option. Nous devons saisir le moment et définir, ensemble, une nouvelle « normalité » qui nous convienne et qui convienne à la planète.

 

Faites-vous entendre, ajoutez votre nom ici et partager votre vision avec nos élu·es.

 

Marie-Christine Fiset

Greenpeace

 

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