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Vaincre l’impulsivité comme enfant et comme adulte

L’impulsivité est définie comme une difficulté à se contrôler dans le fait d’agir sous le coup de l’émotion sans réfléchir. Elle peut déboucher sur des actes violents, abusifs ou des colères. Le comportement impulsif est adopté par la personne sans penser aux conséquences. Il y a à ce moment une incapacité à inhiber la réponse dominante et automatique qui s’impose et envahit. « Irréfléchi » serait un synonyme d’impulsif, selon le multi-dictionnaire de la langue française.

Comment éduquer nos enfants en tentant de vaincre l’impulsivité?

La réponse à cette question n’est pas simple. En effet, depuis que le monde est monde, l’être humain, petit et grand, est en proie par moments à des comportements impulsifs. Pour vaincre l’impulsivité, il devient important de la comprendre. On observe facilement et fréquemment ses effets dans des gestes violents, abusifs, colériques, dérangeants adoptés par les petits et les grands. On observe aussi les conséquences fâcheuses et négatives de l’impulsivité, conséquences qui varient en intensité de légère à très grave. L’impulsivité peut engendrer des blessures profondes, et même la mort dans certaines circonstances. Nous sommes au cœur de ce qui heurte le plus dans les relations entre humains. Nous touchons à ce qui fait mal. C’est important d’en être conscient !

Comme la personne, enfant ou adulte, agit en étant pressée par la pulsion intérieure qu’elle ressent, il y a tout un travail-sur-soi à consentir pour mieux gérer les émotions positives et négatives et pour apprendre à réfléchir avant d’agir, en considérant les conséquences positives et négatives de ses choix. Parfois, l’enfant ou l’adulte ont besoin d’une aide professionnelle extérieure pour réaliser ces apprentissages et la prise de conscience qu’ils induisent.

Comment mieux gérer les émotions positives et négatives?

Nous avons besoin ici des ressources de notre cerveau frontal pour :

  • Reconnaître que l’on est touché(e).
  • Reconnaître ce qui est touché en nous; d’où l’importance de la parole qui met des mots sur les émotions et sur le ressenti positif et négatif.
  • Accueillir avec bienveillance et amour ce qui est éveillé en soi, positif et négatif. Recevoir en soi et vraiment ressentir l’émotion. Se l’approprier comme personne à part entière, comme sujet « Je ».
  • S’il y a un conflit, vivre le processus de résolution de conflits en 6 étapes présenté dans un article de Vie de Parents « Comment aider les enfants à résoudre leurs conflits? ». Ce processus est applicable avec des adultes aussi. Il consiste à d’abord se calmer, nommer les émotions, décrire les faits observables lors du conflit, dire la compréhension que l’on a du problème, chercher des solutions avec toutes les personnes impliquées dans le problème, appliquer une solution et finalement, l’évaluer en s’encourageant quand elle est positive et la réajuster au besoin.

Avec les enfants, il existe des outils que l’on peut utiliser pour atteindre le but de mieux gérer les émotions positives et négatives. Des images d’émotions vécues par des personnes aident à les identifier et à les reconnaître (2), (3). Des livres d’enfants discutent des différentes émotions que l’on peut ressentir dans différentes situations, y compris des situations stressantes susceptibles de générer de l’impulsivité (séparation, deuil, déménagement, naissance dans la famille, etc.).

Mais pour gérer nos émotions, nous avons besoin d’autres ressources du cerveau frontal pour établir des limites claires. Pour enfin apprendre à réfléchir avant d’agir.

Comment réfléchir avant d’agir tout en considérant les conséquences ?

La prise de décision, la créativité, le raisonnement sont des comportements complexes en lien avec le comportement social. L’avant du cerveau frontal contient les ressources pour réfléchir avant d’agir tout en considérant les conséquences. La maturation aide l’être humain à développer peu à peu ces ressources. Pour certaines personnes, petites ou grandes, c’est plus difficile. Ces ressources du cerveau permettent de développer certaines fonctions que l’on nomme : « les fonctions exécutives ». Celles-ci aident au contrôle de soi, en particulier, la fonction d’inhibition. Dans le programme éducatif, pour les services de garde éducatifs à l’enfance, Accueillir la petite enfance (1), la fonction d’inhibition est intégrée au programme éducatif depuis 2019. Cette fonction permet de :

  • Filtrer et de contrôler ses pensées et ses impulsions.
  • Résister aux tentations.
  • Réfléchir avant d’agir.
  • Contrer volontairement ses réactions spontanées pour faire ce qui est approprié.
  • Éviter d’agir de manière interdite.
  • Développer la capacité à contrôler ses actions et son attention; ce qui est déterminant pour assurer la réussite scolaire.
  • Repousser les distractions pour focaliser l’attention.
  • Développer l’autorégulation des émotions et des comportements pour agir de manière socialement acceptable.
  • Développer des relations harmonieuses.
  • Prendre du recul pour inhiber le geste impulsif.

Un exemple est donné où un enfant, fait de la peinture et reçoit de la peinture sur la joue. Sa première réaction est de se crisper et de lever son pinceau pour lancer de la peinture à son tour (l’impulsion). Il demande à sa voisine : « Est-ce un accident? ». La petite répond : « Ce n’est pas moi, c’est le pinceau qui t’a arrosé ». L’enfant s’approche du pinceau et lui dit « Fais attention pinceau, sinon je peux te beurrer moi aussi! ». L’enfant a inhibé son geste impulsif et a parlé avec sa compagne. Au lieu de la blâmer et de projeter sur elle la peinture, il a cherché à comprendre ce qui s’est passé. Il a pris un certain recul et a réfléchi avant de lancer la peinture. La relation est demeurée harmonieuse (1). Le problème a été résolu. Nous trouvons là un indice important pour vaincre l’impulsivité : chercher à comprendre au lieu de projeter son énergie.

Si la fonction d’inhibition est importante à travailler avec les enfants dans nos milieux préscolaires, elle l’est aussi pour les enfants scolaires et pour les adultes. Elle a intérêt à être reconnue comme une ressource importante pour établir des limites claires et éviter les effets néfastes de l’impulsivité. Par ailleurs, une bonne capacité d’inhibition permet à un enfant d’attendre son tour, de réfléchir avant de dire tout haut ce qu’il pense. Ça le rend apte à observer un temps de réflexion avant d’émettre une réponse à quoique ce soit qui le stimule dans son environnement.

Des activités ludiques permettent de développer cette capacité d’inhibition. Plusieurs jeux y contribuent comme « Jean dit », « Le jeu du ni oui ni non » et d’autres jeux pour enfants : Taboo, Bizz, Jungle Speed, Bazar bizarre, Jenga, Tic Tac Boum, le jeu de « cherche et trouve », le jeu du roi du silence.

Utiliser une affiche avec les feux de circulation illustrés : Rouge, Stop; Jaune, Réfléchis; Vert, Agis. Cette affiche utilisée fréquemment avec les enfants les aide à prendre conscience du besoin du moment et de prendre un temps de réflexion avant d’agir.

Pour les adultes, il s’agit de bien comprendre l’importance de la fonction d’inhibition, alors que le mot « inhibition » n’est pas nécessairement considéré positif dans le langage populaire. Cette fonction qui sert au contrôle et à la maîtrise de soi a intérêt à être réhabilitée et encouragée.  C’est cette fonction qui nous aide à établir des limites claires qui permettent de vaincre l’impulsivité. Elle complète la capacité d’accueil dans la bienveillance et l’amour que l’on cherche à développer face aux émotions positives et négatives. Il devient évident que l’adulte a intérêt à développer sainement sa propre capacité d’inhibition comme il est un modèle pour l’enfant. Accueillir avec des limites permet de se contenir, de parler en « Je », comme sujet de son expérience, bien campé, bien posé, solide. Toutes ces habiletés sont essentielles pour vaincre l’impulsivité. Il devient aussi nécessaire de s’interroger sérieusement comme membres de la société pour reconnaître que nous donnons souvent l’exemple négatif de l’impulsivité avec tous les effets pervers qu’on lui connaît. Que l’on pense aux médias sociaux et aux types d’échanges belliqueux qu’on y trouve parfois, que l’on pense à notre propension à vouloir « Tout » tout de suite, sans attendre, etc. Comme adultes, nous offrons souvent aux enfants des modèles qui démontrent de l’impulsivité. Les journaux font état de plein de cas vécus, plein de conflits non résolus. Pour vaincre l’impulsivité, nous devons voir aussi dans quelle société les enfants vivent ? Quels modèles adultes ils ont ?  

Quand un conflit surgit, plutôt que de sortir de ses gonds et tomber dans l’impulsivité, reconnaître que la résolution est plus à portée de main quand on cesse d’accuser, de dénigrer, de culpabiliser, bref, de projeter en-dehors de soi son énergie de manière impulsive. Il vaut mieux se revirer de bord, prendre du recul, et faire le travail-sur-soi décrit ici dans cet article pour enfin concilier deux forces : l’accueil et les limites en intériorisant son énergie pour la contenir : deux forces fondatrices de la bienveillance (Voir dans Vie de Parents les articles « Peut-on être trop bienveillant? », « La bienveillance est-ce pour tous les enfants? », « Être un modèle de bienveillance pour nos enfants »). Retenons aussi qu’il est important d’aller chercher de l’aide extérieure au besoin pour cheminer face à son impulsivité quand elle est difficile à maîtriser.

Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation

Références

  • Accueillir la petite enfance, programme éducatif pour les services de garde éducatifs à l’enfance, Publications du Québec, 2019.
  • Molly Potter, Sarah Jennings, La ronde des émotions, Éditions Scholastic, 2016. (Livre pour enfants de 3 à 10 ans)
  • Claudia Larochelle, Maria Chiode, La doudou et les émotions, Éditions de la Bagnole, 2020. (Livre pour petits 1-3 ans)

 

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