Un livre qui traite du système d’éducation au Québec vient de paraître aux Éditions Lux. Son titre est « Séparés mais égaux », Enquête sur la ségrégation scolaire au Québec (1).
« Séparés mais égaux » était une expression utilisée par certains américains pour motiver la ségrégation des Noirs dans les écoles de Blancs aux États-Unis. Cette ségrégation a longtemps eu la vie dure! Les enfants Noirs devaient parfois faire des kilomètres (des milles) pour accéder à une école publique qui accueillait les Noirs alors qu’à deux pas de leur maison, il y avait une école publique réservée aux Blancs. On argumentait que les enfants Noirs avaient la possibilité de s’instruire comme les Blancs et qu’ils recevaient des services éducatifs égaux. Donc, ils étaient « séparés mais égaux ».
L’auteur du livre est un sociologue qui s’interroge sur le système d’éducation au Québec. Il observe un système à 3 vitesses : l’école publique « ordinaire » qui offre un programme « régulier » à ses élèves du secondaire, l’école publique qui offre des programmes « spéciaux » (Ex. : sports-études, programme international, Arts, etc.), et l’école privée subventionnée qui offre aussi des programmes « spéciaux ».
Il constate qu’une ségrégation a lieu à l’école qui ressemble étrangement à la ségrégation « Séparés mais égaux » fondée sur la race. Ici, cette ségrégation s’effectue plutôt en fonction des moyens financiers des parents et en fonction du milieu culturel dans lequel le jeune évolue.
Dans plusieurs milieux, l’école est organisée de telle sorte que les programmes « enrichis » publics accueillent les élèves avec de meilleurs résultats scolaires qui ont des parents qui ont la capacité financière de payer les frais additionnels associés aux différents programmes. Selon l’auteur, ces frais peuvent être faramineux (2,000$ à 5,000$ dans certaines écoles).
L’école privée subventionnée (à 75% dans les faits, selon l’auteur) quant à elle sélectionne méticuleusement ses élèves selon les résultats scolaires et le dossier scolaire. Il va de soi que la capacité de payer des parents devient un autre critère de sélection.
L’école publique « ordinaire » se trouve à offrir un programme « régulier » qui n’offre pas les mêmes opportunités aux enfants qui la fréquentent car il n’y a pas de programmes « spéciaux ».
Ainsi, on se retrouve au « régulier » avec des classes où les élèves n’ont pas accès à des équipements spécialisés ou au matériel spécifique reliés aux programmes enrichis. Les élèves ont aussi des résultats scolaires souvent moins élevés. Ils proviennent fréquemment de milieux où les finances sont plus serrées et où la culture n’est pas une priorité. Actuellement, la majorité des enfants des milieux défavorisés et des milieux d’immigration se retrouvent dans les classes du « régulier ». L’auteur croit que cette école organisée à 3 vitesses désavantage les jeunes qui fréquentent les programmes « réguliers ». Elle ne développe pas leur estime de soi en alimentant une comparaison constante avec les milieux mieux nantis. De plus, pour les enseignants, les conditions d’enseignement sont sans cesse plus difficiles. Nous assistons aujourd’hui à un exode des enseignants alors que nous vivons une pénurie.
L’école à 3 vitesses crée donc des inégalités sociales qui ne donnent pas les mêmes chances d’accéder à des études supérieures à tous les jeunes.
Un article de La Presse du 10 janvier 2026, écrit par Mélanie Marquis, fait état d’une nouvelle approche pour mettre « Un frein à l’école à trois vitesses ». En effet, au Centre de services scolaires des Mille-Îles dans les Basses Laurentides, un projet est en cours pour faire en sorte que la grande majorité des jeunes accède aux projets pédagogiques particuliers (PPP) en 2027, ouvrant la possibilité de choisir un programme de Sports-Études ou en d’autres disciplines (Arts, Gymnastique, etc.). Les résultats scolaires des élèves ne feront plus partie des critères d’admission. Il en est de même dans d’autres centres de services scolaires au Québec.
Les recherches prouvent qu’on ne nuit pas aux élèves favorisés en donnant enfin un choix aux élèves éprouvant plus de difficultés. Reste à évaluer le côté financier de ce projet de démocratisation des PPP car ce ne sont pas tous les parents qui ont l’aisance financière pour s’acquitter des frais associés aux PPP. Et n’oublions pas, nous vivons dans un contexte de coupures budgétaires au Ministère de l’Éducation du Québec.
Ainsi, il faut revoir à grande échelle notre organisation du système d’éducation au Québec et le réformer. La valeur d’égalité des chances et la valeur de la motivation des élèves sont à mettre de l’avant. Le besoin de développer une approche plus inclusive se fait sentir.
Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation
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