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Les médias sociaux et les jeunes : pour une utilisation saine des écrans

Aujourd’hui, les médias sociaux font partie intégrante de la vie au quotidien des jeunes et sont en constante augmentation. Voilà leur terrain de jeu favori pour partager avec les autres leur vie en ligne. Instagram, Tik Tok, You Tube, etc. sont autant d’applications préférées des jeunes. Au Canada, les adolescents passent en moyenne 7.5 heures par jour devant un écran, dont 5 heures sur les médias sociaux. Les écrans comprennent les téléphones intelligents, les tablettes, les téléviseurs, les jeux vidéos, les ordinateurs et les technologies portables. Quels sont les avantages et les inconvénients de cette utilisation des médias sociaux et des écrans et comment intervenir comme parents? Telles sont les questions que nous posons ici.

Les avantages

  • Les réseaux sociaux permettent aux jeunes de communiquer avec leurs pairs et de s’informer sur différents sujets. Ils leur permettent aussi de se divertir. Les jeunes apprécient partager leurs moments forts avec leurs semblables. Ils peuvent interagir de manière positive avec les autres et développer ainsi des relations personnelles significatives. Ils peuvent partager leurs intérêts et diffuser ce qu’ils font en temps réel. Ils peuvent donc former des amitiés et cela comble leur besoin d’appartenance si important à leur âge. Ressentant des effets de validation et pouvant s’affirmer, ils peuvent recevoir un soutien social en ligne.
  • Les réseaux sociaux permettent de développer des compétences techniques en s’informant sur des sujets comme la photographie, la conception graphique, etc. Ceci peut développer leur créativité. Ils sont enrichis des informations donnant des connaissances sur des sujets variés. L’exploration du monde socio-culturel s’avère aussi positive.
  • Les réseaux sociaux qui font la promotion de l’activité physique ont des effets certains pour les jeunes.
  • Quand les jeux vidéos sont coopératifs et compétitifs, ils s’apparentent aux jeux de société traditionnels. Ces jeux peuvent développer la sensation d’identité si importante à cet âge. Ils peuvent aussi développer la socialisation, les habiletés cognitives, l’attention et le bien-être général en éprouvant de la satisfaction face à la vie. Les compétences mathématiques sont parfois mises à profit.

Les inconvénients

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  • Les médias sociaux et les écrans peuvent engendrer des risques pour la santé mentale des jeunes lorsqu’ils sont utilisés de manière addictive et dépendante. L’anxiété, la dépression et la baisse de l’estime de soi sont les principaux effets observés. La comparaison omniprésente avec les pairs et la comparaison avec des modèles parfaits et des modèles de performance peuvent exercer une pression sur le jeune pour qu’il se conforme à ces standards élevés. L’anxiété liée à l’apparence physique et à l’image corporelle ainsi que les troubles alimentaires sont alors plus observables. Le jeune se trouve donc sous l’emprise de ces normes et ces critères externes présentés dans les réseaux sociaux.
  • Quand le « bonheur numérique » est plus grand que le « bonheur réel », il y a lieu de s’inquiéter. Les relations sociales face à face risquent d’être supplantées par les relations sociales virtuelles. Les compétences sociales s’en trouvent diminuées. La dépendance numérique s’installe et l’exclusion sociale guette le jeune.
  • Des dangers d’intrusion dans la vie privée du jeune sont possibles : vol d’identité, exploitation, contacts avec des prédateurs. En publiant des photos, des vidéos et en faisant des mises à jour quotidiennes de sa vie, le jeune s’expose. Il se manifeste par des « J’aime » et par des commentaires et se fait ainsi connaître. L’exploitation sexuelle devient aussi possible lorsque le jeune publie des photos et des vidéos inappropriés et compromettants. La cyberintimidation et la manipulation peuvent survenir.
  • Le jeune peut éprouver des troubles du sommeil surtout s’il possède un écran dans sa chambre et surtout s’il utilise un écran une heure avant de se coucher.
  • Le jeune peut devenir sédentaire en s’adonnant plutôt à des activités virtuelles qu’à des activités physiques réelles. Ceci crée des conditions pour la prise de poids excessive engendrant l’obésité. Le fait de consommer des aliments devant un écran brouille les signaux de faim et de satiété et entraîne une prise alimentaire déséquilibrée. Par ailleurs, les publicités sur les réseaux sociaux présentent souvent des aliments riches en gras, en sucre et en sel.
  • Quand la vie du jeune comporte trop de technologie, le temps passé en famille est restreint. Les liens familiaux s’érodent au profit de cette vie virtuelle.
  • L’utilisation des écrans et le port d’écouteurs lors d’activités comme le vélo, le jogging, la marche engendrent des dangers. Pour les plus vieux, la conduite automobile en textant est très dangereuse et est défendue par la loi.
  • Les médias sociaux exposent le jeune à la désinformation quand les sources sont biaisées. Des influenceurs peuvent tenter de convaincre le jeune d’opter pour telle position sans nécessairement présenter des positions nuancées et modérées. On peut observer la polarisation des idées au détriment d’une information plus fondée sur les faits réels.
  • Les médias sociaux offrent la possibilité d’influences toxiques comme la promotion du suicide, la promotion du terrorisme, des prises de positions extrêmes, etc.

Les interventions des parents

L’excès est un marqueur de l’adolescence. Les parents doivent donc exercer une certaine surveillance pour ne pas faire en sorte que le jeune dérape. Pour promouvoir une utilisation des écrans de manière responsable et équilibrée, plutôt que de bannir l’utilisation des écrans, il vaut mieux s’adresser à l’intelligence du jeune en l’aidant à développer un regard critique, en éveillant sa conscience. La participation des parents est donc importante. Voici quelques pistes d’interventions pour orienter les parents dans l’accompagnement du jeune.

  • Connaître les applications utilisées par le jeune pour s’assurer de leur sécurité en ligne. Aider à reconnaître les contenus problématiques. Parler de ce qui peut être publié en toute sécurité. Parler de confidentialité. Protéger le jeune en lui donnant les consignes de ne jamais donner sa date de naissance, son lieu de résidence, ses mots de passe, de ne pas accepter une demande d’amitié d’une personne inconnue, encore moins d’un adulte inconnu, de ne pas publier de photos et de vidéos des amis sans leur consentement, de reconnaître que les publications ne sont pas temporaires. Expliquer les limites du partage pour protéger sa réputation en ligne.
  • Expliquer les risques potentiels liés à l’impact des réseaux sociaux et des écrans. Sensibiliser le jeune au sujet des dangers comme la cyberintimidation, le harcèlement, le vol d’identité, etc. Discuter des mécanismes d’exploitation utilisés sur les réseaux sociaux : truquage d’images, maquillages, utilisation de doublures prépubères, fausses références, fausses informations, exploitation sexuelle, etc.
  • Encourager à limiter le temps d’écran. Parler des limites de temps selon l’âge et des limites de contenu.
  • Encourager à prendre des pauses régulières pour reposer ses yeux, éviter les maux de tête et la fatigue.
  • Encourager le jeune à faire des activités physiques régulières pour équilibrer sa vie. Promouvoir des activités en-dehors des écrans, comme les sports, la lecture, les activités artistiques, etc.
  • Encourager le jeune à laisser les écrans une à deux heures avant de se mettre au lit pour éviter les troubles du sommeil.
  • Convaincre le jeune que ce qui importe c’est son bien-être et non pas les comparaisons avec des modèles parfaits et performants. L’encourager à faire pour lui-même plutôt que de se comparer.
  • Démontrer de l’intérêt et poser des questions sur l’expérience du jeune en ligne. Dialoguer avec le jeune. L’inviter à parler de contenus qui le rendent mal à l’aise ou qui lui semblent mal. Participer avec lui et discuter de l’expérience vécue en ligne.
  • Installer les écrans hors des lieux privés comme les chambres.
  • Se doter d’une protection électronique pour un contrôle parental. Installer des filtres ou moteurs de recherche pour éviter des contenus inappropriés. Obtenir les mots de passe du jeune et les codes de connexion pour pouvoir superviser.
  • Vivre les repas familiaux sans écran. Éteindre le téléviseur en arrière-plan.
  • S’interroger avec le jeune sur le culte de la performance, le culte du corps parfait, l’incitation à la consommation excessive. Développer son esprit critique.
  • Donner l’exemple comme parents en appliquant les conseils donnés ici pour son propre usage des écrans.

Conclusion

Une commission spéciale sur les écrans vient de déposer à l’Assemblée nationale du Québec un rapport où elle suggère l’interdiction des réseaux sociaux pour les enfants de moins de 14 ans, sans l’accord des parents. Le monde numérique est perçu comme un « Far West » dans lequel peuvent se perdre les enfants et les adolescents.  Interrogés en lien avec cette commission, des jeunes ont tous levé la main pour dire qu’ils souhaiteraient plus d’activités avec leurs parents. Le moment est bien choisi pour se questionner sur ce phénomène et pour s’orienter vers une utilisation saine des écrans.

Par Jocelyne Petit, Docteure en Sciences de l’Éducation

 

Référence

Groupe de travail sur la santé numérique de la société canadienne de pédiatrie, Les médias numériques : la promotion d’une saine utilisation des écrans chez les enfants d’âge scolaire et les adolescents, 6 juin 2019 (Sur le Web)

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